Jour 53

Hier soir avec mari nous avons écouté le film de Clint Eastwood, Gran Torino. J’adore le titre. Il désigne un modèle de voiture américaine, malgré son nom italien, produite par Ford au début des années 70. Clint est le personnage principal du film. Il n’apprécie pas ses voisins asiatiques issus de la communauté Hmong. Parmi eux, Thao est un jeune garçon de peut-être dix-huit ans. Il vit à l’écart des autres, la tête souvent penchée à fixer ses chaussures, il ne parle pas beaucoup. Sa soeur un peu plus âgée, Sue, c’est le contraire. Elle est affirmée, elle ne s’en laisse pas imposer, elle sait riposter quand elle est attaquée.
– Pourquoi est-ce que ton frère parle si peu ?, demande un jour Clint à Sue.
– Thao, répond-elle, est un garçon très intelligent, mais il n’a pas encore trouvé sa voie.

Avoir été Clint, j’aurais ajouté quelques phrases au scénario pour explorer davantage le sujet. Je me serais arrangée pour que Clint demande à Sue si elle avait trouvé, elle, sa voie. On peut penser que oui parce qu’elle est dégourdie et épanouie. Mais peut-être qu’elle ne l’a pas trouvée non plus, et qu’elle a la chance de ne pas se sentir pour autant aussi perdue que son frère. J’aurais aussi essayé d’approfondir le cas de Thao. Qu’est-ce qui explique que la recherche de sa voie le rende si renfrogné, si fermé ? Il y a une histoire de gang de rue qui ne vient pas faciliter les choses, il faut dire.

Je n’aurais pas exclu non plus que Sue demande à Clint s’il considérait avoir trouvé sa voie, en faisant référence au passé parce que, encore une fois je reviens à Mitterrand, Clint se trouve dans ce film à la presque fin de la pente descendante. Peut-être Clint aurait-il répondu que dans une vie il se présente plusieurs voies, et qu’à peine en a-t-on trouvé une, qu’il faut se préparer à en emprunter une autre pour se ménager une transition en douceur, etc. Il aurait pu aussi s’impatienter et répondre sèchement que ces histoires de voie sont des luxes qu’il ne pouvait pas se permettre, quand il était jeune.
– Si on voulait manger, il fallait travailler, ça revient pas mal à ça, aurait-il pu résumer.

Est-ce que c’est important de trouver sa voie ? À bientôt soixante-deux ans, je ne le sais même pas. Pour un individu qui n’est pas doté d’un talent particulier, ça ne l’est peut-être pas tant que ça, mais pour un individu qui n’exploite pas un talent qu’il ne sait même pas posséder, c’est une autre paire de manches. Mais est-ce que ça existe, un Mozart qui n’aurait pas de toute sa vie approché l’univers musical pour lequel il est né ? Est-ce que la voie, autrement dit, ne s’arrange pas pour se présenter d’elle-même, à un moment donné, à point nommé ? C’est aborder le problème d’une manière bien rafraîchissante. Plus besoin de se casser la tête pour aller à la rencontre de la voie, c’est elle qui vient à nous. C’est peut-être comme ça que ça se passe, quand on a la foi.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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