Jour 68

N’ayant pas pensé de démarrer le lave-vaisselle avant de monter au lit, je n’avais pas de tasse à utiliser ce matin autre que la même trop grosse qui a passé la nuit dans l’évier. Ma journée commence donc un peu comme celle d’hier, à cette exception près que le café que je bois en ce moment est mieux dosé.

Je me suis sentie un peu démunie, une fois bien calée contre mes coussins et mes oreillers, n’ayant plus à lire la prose de Mitterrand qui m’a tenu compagnie pendant plusieurs semaines. Je me suis rabattue sur le dossier Wikipédia qui résume sa vie que j’avais fait imprimer. Ça couvre un bon quarante pages très denses. J’en ai lu quatre et je considère en avoir compris le un dixième car je ne suis pas férue d’histoire, or il n’est question que de ça dans les enchevêtrements de mouvements du Régime de Vichy et de la Résistance. En plus, ça foisonne d’acronymes, ORA, RNPG, MRPGD… Ce n’est pas grave, ma lecture me garde en contact avec l’homme.

Pour ne l’avoir vu à la télévision que debout lors de cérémonies officielles, ou assis lors de réunions politiques, je ne me faisais pas de Mitterrand l’idée d’un homme aux capacités physiques très développées. Or, il s’est évadé du stalag où il avait été fait prisonnier en Allemagne, c’était en 1941, et est rentré en France par ses propres moyens. Dès lors recherché par la Gestapo, il ne s’est pas caché plus que ça, s’avérant très actif dans toutes sortes de groupes plus ou moins clandestins. Donc, c’est un homme courageux, qui prend des risques, qui se propulse dans l’action.

À aucun moment, dans ses lettres, il dénigre ses adversaires. Ç’aurait été facile (ou mon genre ?!) d’en commencer une en mentionnant, par exemple, que Chirac, dans la journée, s’était montré insupportable de pugnacité dans tel dossier. Cela n’arrive jamais. Peut-être Mitterrand avait-il en tête qu’un jour ses lettres seraient publiées, et désirait-il qu’elles le soient en étant dénuées de toute forme de bassesse mesquine, de manière à laisser la place à la seule pureté du sentiment amoureux ?

Quand j’ai constaté que des tensions se créaient dans leur couple, parce que les conditions de relation que Mitterrand installe sont inacceptables pour Anne, j’ai espéré qu’elle prenne le parti de vivre ce que Mitterrand avait à lui offrir, sans souffrir de ce qu’il ne lui offrirait pas. C’est très théorique comme conception, je sais. Et bien entendu ce n’est pas ça qui arrive. Anne morigène et récrimine de plus en plus. Je trouve que c’est dommage pour elle. Sa souffrance, qui s’exprime par la colère et l’âpreté, l’empêche de se maintenir dans la sphère de la pureté, où se maintient Mitterrand qui choisit de privilégier l’élévation.

En même temps, et c’est là l’envers de la médaille, autant Mitterrand se nourrit de la lumière provenant de ce que j’appelle l’élévation, autant il est détruit si Anne manifeste le désir de s’exclure de sa vie. Il est complètement dépendant d’elle, il ne peut vivre sans elle. Elle est son carburant, sa force vitale.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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