Jour 69

Ce n’est tellement pas au café que je voulais me consacrer ce matin ! Mais j’ai laissé mon esprit m’entraîner et, encore une fois, ça donne ce que ça donne : des grosses tasses, des petits pots de yaourt, des ongles limés, des plantes inondées !

Je voulais annoncer que j’ai enfin terminé les Lettres pour Anne, non sans une certaine tristesse. Je ne suis pas triste d’avoir terminé ma brique, au contraire. Je vais pouvoir passer à un autre bouquin, je ne sais pas encore lequel. À aucun moment, cela dit, j’ai désiré finir la brique pour pouvoir dire que je l’avais finie. À chaque page, j’ai aimé lire Mitterrand. Mais son état d’esprit –et de corps !–, à la fin de sa vie, m’ont rendue tristounette.

Il faut dire qu’il a privilégié des constructions compliquées, sur le plan amoureux. Il n’a jamais quitté Danielle Gouze, son épouse pendant plus de cinquante ans. Parallèlement, il a vécu une relation d’amour je dirais absolu avec Anne Pingeot, la mère de sa fille Mazarine. Une relation qui a elle aussi traversé le temps, au-delà de trente ans. Seigneur ! Comment faisait-il pour compartimenter ainsi sa vie, d’autant qu’il a eu des maîtresses à travers tout ça, notamment, et peut-être pendant quinze ans, avec la journaliste Christina Forsne qui aurait eu un fils dont il serait le père.

Il faut dire aussi que les Français –j’écris ça sans documentation préalable, sans chiffres à l’appui, par pure intuition, en fin de compte– ont une conception plus floue, plus perméable, disons plus fantaisiste de la fidélité que nous, Américains. J’avance avec mes gros sabots que les Français se laisseront tenter par des liaisons amoureuses parallèles les unes aux autres, quand nous Américains en vivrons aussi plusieurs, mais une après l’autre. Le mot d’ordre pourrait être, de ce côté-ici de l’Atlantique, « Je divorce, puis je me remets en couple ». Mitterrand, lui, en bon Européen, ne divorce pas et joue sur l’échiquier de ses couples avec beaucoup de stratégie.

Il faut dire aussi (bis) qu’Anne avait 19 ans et Mitterrand 46 quand ils ont commencé leur relation. La perspective n’est pas la même. Mitterrand se disait être déjà sur la pente descendante de son parcours, quand Anne l’entamait tout juste.

Il est d’autres éléments encore que je désire souligner : à aucun moment, dans ses lettres, Mitterrand n’aborde ses ennuis de santé. Il déplore seulement, pour avoir tant aimé la vie, n’avoir plus le corps qui lui permettrait d’en profiter autant. Je ne pense pas aux galipettes physiques, ici, avec la gente féminine, j’évoque plutôt la perte générale des forces et des sens grâce auxquels, plus jeune, il faisait corps avec ses aspirations. À aucun moment, en outre, Mitterrand ne cède aux vicissitudes de la vie. De la première à la dernière pages que j’ai lues, il privilégie la pureté absolue de l’amour qui le lie à Anne.

Or, plus ça va, plus le temps passe, plus Anne est insatisfaite, plus elle critique, plus elle lui en veut. Alors que Mitterrand est déclinant, le climat entre les deux amants ne cesse pas d’être déchirant, quand j’aurais espéré que s’installe l’apaisement.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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