Jour 86

C’est sûr que ça ne peut pas être le party en tout temps, ça ne peut pas être que du Michel Legrand, assise au chaud sur le canapé à côté de mari, à me laisser émerveiller par les couleurs saturées de Jacques Demy. Il faut que je m’occupe aussi de contacter ma compagnie d’assurances pour demander une modification, puis Hydro-Québec pour que mon adresse soit corrigée –le code postal n’est pas le bon–, puis que je consulte le site du gouvernement du Québec pour mon adhésion au programme rénoclimat… Que des trucs d’un ennui mortel, un pensum infini, pour lesquels je dois me botter le derrière sinon je ne m’en occuperais jamais.
Je suis fière de moi, non parce que le pensum est chose du passé, bien qu’il le soit, mais parce que je suis allée me décarcasser en empruntant le chemin du Lac Bernard, à côté de la maison, qui me fait monter une grosse côte. Une côte traître parce que, comme on pense avoir fini de la monter, on réalise qu’elle compte en fait deux parties, séparées par une espèce de plateau. Depuis le temps que je la monte, bien entendu, l’effet de surprise traître s’est dissipé. Je m’y prends lentement, au bout de seulement quelques pas je me mets à transpirer, et je réussis mon défi avec, pour mes capacités, un rythme de croisière acceptable.
En cours de promenade, il s’est produit deux choses.
La première.
J’étais stressée et je marchais à la seule fin de me débarrasser de la portion Exercice de ma journée. Je pensais à une toile sur laquelle je travaille. J’avais hâte d’être de retour à la maison pour y dessiner une espèce d’animal volatile, d’inspiration inuit dans le trait de crayon. Est alors apparue dans mon champ de vision, qui s’en venait vers moi, une dame qui marche tous les jours à peu près aux mêmes heures. Elle gère son horaire d’une manière plus rigoureuse que moi le mien.
– Bonne marche !, m’a-t-elle lancé quand elle est arrivée à ma hauteur.
– Elle a bien raison !, me suis-je dit. Pourquoi est-ce que je ne profiterais pas de cette radieuse journée ensoleillée, de cet air frais, je pourrais certes marcher d’un bon pas, tout en prenant mon temps ?
Ce qui fut pensé fut fait.
La deuxième.
Un peu plus loin, dans le tournant du chemin, je suis tombée sur une bonne vingtaine de grosses dindes sauvages qui picoraient dans le sable épandu qui nous protège des surfaces glacées. C’est toujours pareil quand je vois des animaux, je m’immobilise sous l’effet de la surprise, me demandant presque si je ne devrais pas rebrousser chemin. Puis, je me rappelle qu’il suffit que je m’avance un peu pour que les animaux s’éloignent, et c’est ce qui est arrivé, le groupe s’est scindé de part et d’autre de la route. Je n’aurais pas voulu rebrousser chemin parce que je n’avais pas atteint l’objectif que je m’étais fixé, soit celui d’aller jusqu’à la rivière.
Rendue, donc, à la rivière, j’ai rebroussé chemin, je monté les côtes que j’avais descendues à l’aller et descendu celles que j’avais montées. Une fois à la maison, je me suis changée car mes vêtements étaient tout mouillés. Je suis allée m’installer devant ma toile, j’ai tracé les contours de l’animal oiseau d’espèce indéfinie, puis je suis venue régler son cas à mon mot du jour.
Il y aurait, comme en tout temps, beaucoup de ménage à faire pour rendre notre intérieur plus acceptable, mais je vais plutôt aller m’installer sur le canapé pour enfin relaxer.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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