Jour 92

État des lieux : chatonne se frotte à mes pieds nus, sous la table. Elle veut de l’attention, or il me semble qu’elle en a, elle veut de la nourriture, elle en a aussi, elle veut aller dehors, non, pas vraiment.
Chouchou programme en masse à côté de moi sur la grande table de la salle à manger. Elle n’a pas les pieds nus mais porte des chaussettes blanches.
La raison pour laquelle je me promène pieds nus dans la maison est bicéphale. D’abord, je me suis acheté des bottes Pajar, une journée que je me sentais riche. Elles sont fourrées de laine de mouton de la Nouvelle-Zélande, donc elles ne sont pas éco-environnementalement friendly.
– Vous les portez sans mettre de bas à l’intérieur, m’a dit le vendeur.
– Pas de chaussettes, vraiment ?, ai-je rétorqué, juste pour informer le vendeur que ce qu’il appelle des bas, s’appelle pour moi des chaussettes, depuis que j’ai vécu trois ans en France, et que j’ai décidé de conserver certaines particularités de langage, à la seule fin de me démarquer des autres, même quarante ans plus tard.
Donc, une des raisons de mes pieds nus, c’est qu’en après-midi avec mari je suis allée marcher dehors, qu’au retour j’ai enlevé mes bottes, et que ça s’est arrêté là.
L’autre versant de la bicéphalité, c’est que le plancher est sale et que porter des chaussettes serait synonyme de les salir.
Chouchou, le temps que je noircisse mon écran des paragraphes précédents, ne semble plus programmer, elle fait défiler des informations sur son téléphone. Elle attend peut-être que ses dataset aient fini de rouler. Elle a peut-être, encore, décrété qu’elle a assez travaillé pour aujourd’hui, et le téléphone est à ce moment-là son ami de récréation en ce début de soirée.
Mari est assis sur le canapé, à l’opposé de l’endroit où chatonne est allée s’installer, sur le dossier. C’est dommage qu’elle se soit éloignée, j’adore la sensation de son poil qui me caresse les chevilles.
La table est encore et toujours à l’envers, surencombrée d’affaires.
J’ai omis de mentionner hier que ma grand-mère Yvette est décédée à 93 ans, qui était le chiffre du Jour. Je ne connais personne qui soit décédé à 92 ans, le chiffre d’aujourd’hui.
Pendant presque une heure nous n’avons rien entendu d’autre, dans la maison, que la ventilation de la thermopompe. J’étais pour ma part en train de me soumettre à mes projets catastrophes dans mon bureau, chatonne ne miaulait pas, car il lui arrive de le faire, chouchou certes faisait un peu de bruit sur le clavier de son ordinateur, mari aussi sur le clavier du sien. Puis, j’ai entendu que quelqu’un, de Denauzier ou de ma fille, se prenait une croustille et la mastiquait.
Cela m’a fait penser qu’il serait agréable de nous servir quelque chose à manger, ce samedi soir, au cours duquel il est possible que nous écoutions un documentaire sur la vie de la princesse Diana. Ce bruit de mastication est donc à l’origine de mon arrêt d’acharnement sur mes projets qui ne vont nulle part, de mon arrivée dans la cuisine pensant y ouvrir le frigo, mais mon regard est tombé sur mon ordinateur, qui n’attendait que moi, alors voilà.


À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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