Jour 93

Nous avons mangé ce midi une guacamole dans laquelle nous avons trempé des tortillas de forme triangulaire et de différentes couleurs, selon qu’elles étaient parfumées aux poivrons rouges, aux carottes et patates douces leur conférant une couleur orange, ou qu’elles provenaient d’un mélange de maïs bleu, sans omettre qu’une bonne quantité des croustilles était faite de maïs jaune.

La recette de guacamole que j’ai toujours préparée contient des avocats bien sûr réduits en purée, de l’ail, du poivre de cayenne, du beurre de sésame, de la sauce soya, du jus de citron. En fonction de mon humeur, j’ajoute de la coriandre et du cumin. Or, j’ai consulté les recettes sur Internet et aucune ne m’a proposé de beurre de sésame, jusqu’à ce que je me décide à taper « guacamole et tahini » dans l’engin de recherche. J’ai alors reçu une recette très semblable à la mienne dite d’inspiration libanaise. En tout cas c’était bon !

Mes amis de table, à savoir mon mari et ma fille, ont moins aimé mon dessert non sucré composé de pommes cuites, flambées au whisky, couvertes d’un mélange de flocons d’avoine et de beurre. Ils ont trouvé que la mixture manquait d’humidité et de saveur, pourtant je n’ai pas lésiné sur la quantité de beurre. Ils ont ajouté du yaourt à la vanille du commerce, et moi du yaourt de brebis non sucré fabriqué par un artisan des environs.

Après l’écriture de ce texte, je vais m’intéresser au gribouillis que j’ai obtenu en couvrant une grande feuille de papier Canson avec mes bâtons de rouges à lèvres, tous ceux dont je n’aimais pas la teinte sur mes lèvres. J’ai fait glisser les bâtons rapidement sur le papier, un après l’autre, dans un mouvement de va et vient qui crée des formes évoquant un peu celle des sapins, parce que les lignes en début de mon élan sont plus larges et vont se rétrécissant en formant un semblant de pointe. Le projet m’attend sur la table, déposé à côté de mon ordinateur. Deux crayons sont déjà prêts à être utilisés : un vert à pointe très fine, un autre vert à pointe arrondie et dont l’encre crée un effet métallisé.

Je pense que le résultat de mes expérimentations sera catastrophique, mais je vais quand même me prêter à l’exercice sans réfléchir, car je n’en peux plus de me laisser freiner par les questions, les concepts, les élucubrations farfelues. Je vais essayer de laisser parler mes mains en ne me décourageant pas de l’aspect que prendra ma composition. Le plus dur, c’est de ne pas abandonner après deux minutes, de persévérer, que le résultat me plaise ou non. Il ne peut que se produire deux choses : le résultat pourra être sauvé si je l’aborde d’une certaine manière, en cours d’exercice, le résultat sera un fiasco et aura servi à me défouler. Je pourrai alors jeter mon papier, ou le garder pour me rappeler qu’il m’arrive de traverser des mauvaises passes, quoique les mauvaises passes ne s’oublient pas facilement…

Je me sens à un carrefour de mon évolution artistique –bien que je n’aie rien d’une artiste. Je ne sais plus s’il faut que je me représente à l’avance ce que je veux dessiner sur mon papier, sur ma toile, ou s’il faut plutôt que je laisse les lignes, les formes, les couleurs, m’amener vers un sujet auquel je n’aurais jamais pensé.

Ce sujet, en outre, qui prend forme à mon insu la plupart du temps par le seul mouvement du pinceau ou du crayon, reçoit ensuite les lignes et les courbes nécessaires à sa facture figurative au prix d’efforts inimaginables parce que je ne sais pas dessiner et que je ne maîtrise pas les lois de la perspective. Ce sujet, encore, une fois qu’il ressort de mes masses informes, devient le prétexte à une approche presque scientifique : je vais commencer par petit pour aller vers plus grand, je vais commencer par une teinte très pâle pour aller vers plus foncé… je vais aborder le sujet à l’endroit, puis à l’envers, puis en juxtaposant endroit et envers… ça ne finit plus !

Je vais peut-être aller marcher, là, là, pour retarder le moment de la catastrophe…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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