Jour 95

Je travaille sur une toile comme une fourmi. J’ai trouvé le moyen de couvrir des masses d’une couche uniforme d’acrylique, masses sur lesquelles j’applique ensuite des petites lignes droites ou en spirales. C’est une sorte d’étude, qui mise sur les contrastes : des masses pleines, solides, affrontent des masses dentellières toute fines et délicates. J’utilise un crayon à pointe extrafine, bien entendu, pour les lignes microscopiques, et je m’abime les yeux à travers le verre d’une grosse loupe.

Pendant ce temps, Emmanuelle ma fille travaille sur des données qu’elle appelle familièrement des data set, il s’agit pour elle d’implémenter quelque fonction qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, d’après ce que je comprends.

Pendant ce même temps, mon mari est parti chercher des petites roches pour une personne qui en a besoin dans notre entourage, en ce sens que les grosses pluies diluviennes que nous avons reçues ont fissuré les chemins à proximité des propriétés.

Pendant ce temps-là, encore, et sans que je puisse me l’expliquer, l’espace de vie où nous nous tenons tous les trois est sens dessus dessous. Des vêtements traînent sur des dossiers de chaise; des toiles, mes pinceaux et petits pots d’acrylique traînent également; un plateau de chocolats Lindt me fait les yeux doux à proximité de mon ordinateur, il décore la grande table en ambiance pré-Noël, mais au rythme où vont les consommations il n’en restera plus dans moins d’une semaine. Des cartes de Skip-Bo traînent elles aussi, en attente qu’on les manipule ce soir, car nous tentons de nous plier à l’habitude d’une partie par 24 heures et ce n’est qu’en soirée qu’on arrive à s’y consacrer. Un jouet tracteur offert à mon mari par nos amis il y a un moment se tient derrière l’écran du même ordinateur qui est le mien; il est suivi d’un contenant de noix de cajou de gros format qui fait face à des langues de belle-mère qui m’ont été offertes par ma belle-fille et qui n’ont pas grossi d’une miette depuis un an.

Je pourrais envisager de faire du ménage demain mercredi, mais ça m’étonnerait que je m’y résolve parce qu’en matinée mon mari et moi avons un rendez-vous, et qu’en après-midi je vais vouloir poursuivre les petites lignes qui m’arrachent les yeux et tendent les muscles de ma nuque.

D’ailleurs, ce matin, avant d’entamer le maniement de mon stylo à pointe extrafine, je me suis prêtée à quelques exercices d’étirement sur le tapis de yoga qui ajoute au désordre de la pièce car il n’est pas roulé et rangé dans un coin, mais étendu à plat, sous le bégonia qui réside dans une jardinière suspendue.

Je dois m’arrêter là, le court laps de temps dont je disposais pour écrire ce texte d’un pratiquement seul jet est maintenant expiré.

Il n’empêche que ça fait du bien, cet exercice d’écriture spontanée, non revue, non corrigée, non porteuse de mille questions dont les réponses me glissent constamment entre les doigts.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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