Jour 103

C’était mon tour d’hésiter, ne connaissant pas Belle du Seigneur.
– Quel en est l’auteur ? Je ne connais pas ce roman.
– Je ne m’en rappelle pas, a dit la technicienne. Attendez, je vais regarder sur Google.
– C’est Albert Cohen, a-t-elle dit dans les secondes qui ont suivi. Et vous, que lisez-vous ?
– Un peu de tout. J’ai lu Simone de Beauvoir un temps. J’aimerais lire prochainement La contrevie, de Philippe Roth. J’ai acheté Théa, de Mazarine, la fille de Mitterrand, mais je ne l’ai pas encore lu. J’aime lire léger, aussi, des fois de temps en temps, un bon Agatha, par exemple, je viens de lire Le miroir se brisa.
J’ai voulu ajouter que j’avais lu le printemps dernier La montagne magique, mais je n’étais pas capable de me rappeler le nom de l’auteur, et je me serais sentie trop piteuse de ne pas pouvoir dire qu’il s’agissait de Thomas Mann, alors je n’ai rien ajouté. Je me suis mise à me demander, à la place, si j’avais bien prononcé le nom de famille Roth. Si on le prononce comme une francophone, faut-il faire entendre le t ou simplement prononcer Ro ? Si on opte pour la prononciation sans le t, il faut penser que le o sera fermé, tandis qu’avec le t, il sera ouvert. Si on y va pour la prononciation anglophone, il faut faire traîner l’effet th avec la langue derrière les incisives…
J’en étais là de mes inquiétudes lorsque la jeune femme a ajouté :
– Je dois dire aussi que je me suis abonnée à Netflix, c’est une raison qui explique que je lis moins.
– Je comprends, ai-je répondu.
– Mais au moins je perfectionne mon anglais car nous écoutons des séries américaines. J’ai lu Le parfum, s’est-elle aussi rappelé, comme le trahissait son ton presque exclamatif.
– Ça ne m’avait pas plu tant que ça, ai-je mentionné. De Patrick Suskind, c’est bien ça ?
– Oui. Moi non plus, dans le fond, ça ne m’avait pas plu tant que ça, c’est une amie qui me l’avait suggéré.
Sur ce, la cardiologue est arrivée.
– Vous êtes madame Longpré ?, a-t-elle voulu vérifier.
– Oui.
– Opérée en 2013 pour une valve mitrale ?
– Exact.
– Vous allez bien ?
– Très bien.
– Vous avez eu des nouvelles du CHUM depuis l’épisode de l’automne 2019 ?
– Aucune.
– On ne vous a pas contactée ?
– Non.
– Ah bon. Votre examen est très bon, a-t-elle enchaîné. Votre coeur est en meilleur état que l’an dernier.
– C’est vrai ?, me suis-je exclamée.
– Oui, l’an dernier vous aviez un gradient de 44, –comme vous savez, on opère à 49– mais cette année vous avez un résultat de 31.
– Donc, un coeur, ça se répare tout seul ?, ai-je voulu savoir.
– Bien… je ne dirais pas ça. Dans votre cas, c’est comme si vous aviez eu de l’inflammation, pour une raison ou pour une autre, et qu’elle aurait disparu.
– Et qu’est-ce qui explique l’inflammation ? Et qu’est-ce qui la fait disparaître ?
– Aucune idée !, m’a-t-elle lancé. Je veux vous revoir dans un an, Covid pas Covid, et si en cours d’année un bon matin vous vous levez et que vous souffrez, n’hésitez pas, appelez, on va s’occuper de vous. Ça vous va comme ça ?
– Ça me va parfaitement, merci beaucoup.
J’aime bien ma cardiologue, finalement.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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