Jour 105

Comment ça se fait, par-dessus le marché, que le texte se publie en double ? Comment ça se fait que ça fonctionnait bien avant, et plus maintenant ?

J’en étais à l’Angleterre. Après avoir observé la toile quelques minutes, j’ai décidé que j’enroberais le pseudo pays d’une surface blanche en appliquant, donc, de l’acrylique blanc tout autour de mon pays de couleur rouille. Je me suis installée sur le banc à roulettes qui m’est très pratique quand je peins autour de ma grande table, et j’ai versé du gel retardateur, du gesso blanc et du transparent dans un bol pour les mélanger avec une cuiller. Sauf qu’un tube de vert doré traînait sur la table, alors j’en ai ajouté. J’ai obtenu un enrobage océanique non pas bleu, ou gris, ou même noir, en fonction de la manière et de l’endroit d’où on regarde l’eau autour du pays, mais un enrobage vert.

Ensuite, j’ai voulu coller avec du liquide polymère le papier oignon du patron aux différents endroits où il ne s’était pas collé de lui-même par le seul contact avec les couleurs humides sur lesquelles je l’avais déposé. Cela a nécessité des coups de pinceau affirmés, bien sentis, vigoureux, le genre de coup de pinceau qui abime les poils, quand il ne les arrache pas. Certaines zones de la toile étaient généreusement saupoudrées de bleu de Prusse, c’est un bleu foncé, alors j’ai obtenu sous mon pinceau furieux des masses foncées elles aussi.

J’ai alors voulu créer de la vie, couper l’uniformité de la couleur rouille, susciter ça et là sur le canevas des taches vives qui allaient attirer l’oeil et créer de l’énergie. J’ai choisi pour ce faire du rouge tirant sur le fushia, et du jaune très jaune que j’ai appliqués parcimonieusement, cela ne m’arrive pas souvent, avec une spatule de petit format. J’ai trouvé cependant que les couleurs juraient trop avec le fond rouillé, alors avec un linge humide je les ai estompées.

À cette étape-là, je me suis interrompue pour aller parler à une amie au téléphone, puis je suis revenue à ma toile. Il m’est alors apparu qu’une masse longiligne pourrait avantageusement se dessiner au premier plan. Pour être bien certaine qu’on discerne d’abord et avant tout cette masse longiligne, je lui ai associé la couleur noire.

Le noir obtenu a appelé encore plus de noir, que j’ai réparti sur la toile en surlignant les lignes déjà noires de coupe ou de couture du patron, au moyen d’une règle et d’un crayon feutre à encre permanente.

Je suis rendue là. Pour l’instant, je trouve que ça manque de complexité. C’est une masse noire qui se superpose à un fond rouille et bleu de Prusse dans les limites d’un enrobage vert doré.

J’ai peint la toile dans le sens portrait, mais je vais la mettre en ligne à l’instant dans le sens paysage –on peut faire ça avec les sujets abstraits !–, puisque les photos que je tente de publier ont la charmante idée d’aller remplacer le bandeau de haut de page dans lequel apparaît le nom de mon blogue.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

2 réponses à Jour 105

  1. Lyse Latraverse dit :

    Je me suis habituée de te lire régulièrement; au début de la pandémie, j’ai commencé aux textes 2200, maintenant je suis au texte 105; j’espère que tu vas continuer à écrire.Avoir accès à ton quotidien est réconfortant et me rapproche du mien. Tu me donnes le goût d’écrire sur mon quotidien à mon tour. C’est drôle tu fais les mêmes activités qu’André Clouâtre mon mari: écriture, peinture, jardinage intérieur- extérieur, recherche de lecture difficile etc…
    Merci d’écrire, cela m’a nourri et me propulse dans mon mouvement de vie,
    Lyse Latraverse

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    • Badouz dit :

      C’est incroyable que tu m’aies lue du début à la (presque) fin ! J’ai traversé des périodes d’expérimentation difficiles à lire ! C’est un exploit de ta part, qui me fait chaud au coeur. Je te remercie de m’avoir suivie. Depuis que je suis à la retraite, je m’applique davantage et je pense que mes textes sont ainsi plus faciles à comprendre car ils sont, du moins je l’espère, moins truffés d’approximations… Mais souvent ils sont le fruit d’un élan vital, d’une pulsion, que j’essaie de ne pas trop contrôler. À bien des égards, André est un modèle pour moi, alors ta comparaison entre lui et moi est un autre élément qui m’enveloppe de velours. Si jamais tu te lances dans l’aventure de l’écriture du quotidien, et si elle devait être publique, je serai heureuse de te lire. Je vais espérer de tes nouvelles, encore merci !

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