Jour 112

Je suis rendue aux lettres de l’année 1966. Je n’ai pas eu le temps de lire ma brique aujourd’hui, mais je désire le faire après ce texte. Je pense que les élans magnifiques d’amour passionné qui s’étendent sur des pages et des pages sans que jamais le souffle de François ne se tarisse sont dorénavant davantage derrière moi que devant. Mitterrand est sur le point de se présenter contre Charles De Gaulle, à la présidence de la quatrième république. Il a moins de temps à consacrer à ses activités épistolaires qu’au cours des années qui viennent de s’écouler, entre 1962 et 1965.
C’est fou, d’ailleurs, pour une fonctionnaire comme moi qui ai passé ma vie à travailler de 9 à 17 heures, à quel point il me semble qu’en comparaison Mitterrand avait du temps pour la réflexion, la rêverie, l’inaction, la concentration dans l’inaction, l’observation, la lecture de poèmes, l’écoute de disques dont celui de Ferré chante Aragon, mon disque préféré, du temps qu’on appelait encore disques les 33 tours, avant qu’on ne se mette à parler de CD, qui, eux, existent de moins en moins, etc.
Quand j’étais fonctionnaire à l’université, en incluant le temps pour le transport, en incluant le temps consacré à la préparation minimale du petit déjeuner pour la famille recomposée, et le temps consacré à la préparation du souper, je ne réfléchissais guère, je n’observais rien, j’essayais juste, dans la dernière heure de la soirée, de reprendre mon souffle… avant de recommencer le lendemain.
J’aurais été bien en peine, comme savait le faire Anne, de parler de Socrate avec l’homme Mitterrand. Pourtant, je suis docteure en lettres. Je suis une drôle de docteure en lettres, il faut dire.
J’aimerais être capable de lire ces bouquins si riches intellectuellement sans ressentir, de toutes les parties de mon être, la déception de n’être pas née Parisienne. Ou disons Française. Dans les années de mon enfance, j’aurais vécu en région comme je le fais en ce moment au Québec à ma retraite, imaginons en Gascogne, mais dès que la vie professionnelle se serait manifestée, je me serais rendue vivre à Paris pour profiter du fourmillement de l’activité culturelle, car mon travail aurait nécessité que je sois imprégnée de la vie j’ose écrire artistique.
Mon être tentait, de la même manière, de s’envoler pour Paris, et même un peu la Toscane, quand j’ai lu la biographie de Ferré.
Je m’éloigne de plus en plus du projet initial qui était le mien au début de ce texte, soit celui de décrire mon espace de travail, comme le fait Mitterrand à l’attention d’Anne. Alors voici. Je suis accompagnée, à ma gauche, par mon amie Thrissa –qui tient d’ailleurs un livre dans ses mains sur la photo d’elle–; de mon père, dont on ne voit qu’une partie du corps, la photo ayant été prise afin de capter sa main qui caresse un chien. Malheureusement, on voit trop de chien sur la photo et pas assez de sa main.
Une photo m’accompagne encore qui est celle de chouchou quand elle avait quatre ans, elle trace des coeurs sur une feuille de papier tout en me regardant la photographier. Elle porte les cheveux très courts, une idée de sa mère, et bien que courts ses cheveux sont les hôtes, ici et là, de petites barrettes en plastique de différentes couleurs. Elle n’a pas encore les oreilles percées. Une autre photo nous voit nous tenir côte à côte, ma fille et moi, incapables de sourire au photographe –Denauzier– car nous avons sur le visage un masque fait d’une espèce de pâte qui risque de se crevasser si nous sollicitons les muscles situés autour de la bouche. Donc nous sommes impassibles, elle et moi, ce qui est l’exact contraire de notre tempérament. Une photo de grand format de mon mari clôt la collection.
Je n’ai rien écrit encore de ce qui me tient compagnie à ma droite, ce sera peut-être pour demain… Il est possible cependant que demain soit une « grosse » journée et que, comme Mitterrand à l’approche de l’année 1966, je n’aie pas le temps d’écrire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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