Jour 121

Je pense à un endroit où nous pourrions aller marcher cet après-midi, chouchou et moi, en espérant que le beau temps voudra collaborer. Mais d’abord il faudra manger. Je pourrais préparer ce que nous appelons une lasagne végétarienne qui consiste en un plat tomaté dont les pâtes sont remplacées par des tranches d’aubergines. Je connais une autre version végétarienne selon laquelle les pâtes sont remplacées par des tranches de courge butternut. J’ai acheté les aubergines en prévision de ce projet, avant même l’arrivée de chouchou. Emma m’avait préparé ce mets à Strasbourg et je me rappelle que nous nous étions régalées. Je pourrais lui demander comment faire et préparer la pseudo lasagne à sa place, pendant qu’elle étudie, sa tuque sur la tête pour tenir ses neurones au chaud, ce qu’elle appelle le, ou la, machine learning.
Je joue encore un peu mon rôle de maman. Ce matin, je lui ai apporté un verre d’eau pour qu’elle n’étudie pas entièrement à jeun, elle étudie avec quelques millilitres d’eau dans son système digestif. Elle m’a dit Merci maman. Hier soir, j’ai décrété à 22:30 que nous allions nous coucher et nous y sommes allées –mais ça lui a pris du temps à s’endormir, m’a-t-elle dit ce matin. Je joue aussi, c’est tout nouveau, le rôle du professeur de conduite automobile dans les rues tranquilles du quartier domiciliaire.
Sa présence m’éloigne de mes intérêts quotidiens. Je ne suis pas allée séparer les gros plants d’hémérocalles dehors le long de la maison. Il faut dire que ça ne me tente pas tellement parce que je sais que ce sera forçant. Je ne me suis pas non plus lancée dans la création d’une nouvelle toile en utilisant un reste de canevas roulé qui traînait dans le fond de mon placard. Depuis le temps –deux ou trois ans– qu’il attend d’être utilisé, de vilains plis s’y sont formés que j’essaie de faire disparaître au moyen des livres les plus lourds qui se trouvent dans ma bibliothèque, dictionnaires et grammaires. Donc, la toile est étendue sur ma table et les livres sont dessus.
Je voudrais coller sur cette toile, avec du polymère, un patron que j’ai acheté il y a aussi un certain temps pour la confection d’une robe qui n’a pas été confectionnée finalement. Le patron n’a jamais été sorti de son enveloppe. Si je me lance dans cette entreprise, je pourrai dire que j’aurai volé l’idée à un jeune peintre dont le prénom, je m’en rappelle, est Jérôme. Sa toile était exposée dans une boutique de Baie-St-Paul et m’avait plu. Elle avait moins plu à Jacques-Yvan, à l’époque, et je pense qu’aujourd’hui, si je posais à nouveau les yeux sur cette toile, elle me plairait moins, mais cela ne m’empêche pas de vouloir exploiter la même idée, quelque vingt ans plus tard.
Mon mot d’ordre, par rapport à cette toile en gestation, est de ne pas me lancer dans le micro remplissage de masses innombrables qui vont requérir un temps fou avec un pinceau minuscule. J’espère travailler dans l’urgence de l’obtention d’un résultat significatif au moyen de gestes amples et rapides. Si je ne réussis pas ce n’est pas grave, je couvre la toile d’une couche de fond et je recommence comme si de rien n’était. Je suis habitée néanmoins dès à présent, avant même d’avoir commencé, en fait, par le désir, ou l’espoir, d’obtenir un résultat satisfaisant, un résultat qui « va me parler », voire me faire sourire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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