Jour 122

Nous avons beaucoup marché hier sous un ciel sans nuage sur les terres du grand domaine de l’Abbaye. Nous en avons d’autant profité que la météo prévue aujourd’hui était celle que nous avons justement aujourd’hui, de la pluie. Nous n’avons guère suivi les pistes mais plutôt cherché à nous aventurer en-dehors des sentiers battus. De la sorte, nous avons atteint un endroit dont l’accès était bloqué par de longs rubans jaunes retenus au tronc des arbres, comme on en voit sur des scènes d’accidents, ou de crimes. Nous nous sommes arrêtées pour nous demander, j’étais avec chouchou, si nous désirions tenir compte de cette interdiction et adapter notre parcours en conséquence, c’est-à-dire en allant ailleurs. Nous venions de désobéir à l’ordre public et nous ne savions pas trop s’il fallait continuer d’y désobéir pour conserver la même thématique, ou s’il n’était pas préférable de cesser de tricher pour cheminer du côté de la majorité. Juste au moment où nous décidions de respecter les règles du jeu, trois personnes sont arrivées du côté opposé au ruban qui nous faisait face. Trois personnes qui montaient chacune un cheval. Je tourne les coins ronds parce qu’un des cavaliers, celui qui se démarquait nettement comme étant le chef du petit groupe, marchait à côté de sa monture.
– Ces personnes, me suis-je dit, n’ont pas respecté les règles puisqu’elles foulent le sol même qu’il est indiqué de ne pas fouler.
– Dites-moi, s’il vous plaît, ai-je commencé, savez-vous si nous avons le droit de passer malgré le ruban ?
– Bien sûr, nous a répondu le chef, ces terres nous appartiennent. Ce ruban a été mis là parce que les gens se perdent s’ils s’aventurent au-delà. C’est juste une mesure de sécurité.
– Super !, me suis-je exclamée, en me penchant déjà pour passer sous le ruban qui avait été posé quand même assez haut pour que seul un abaissement du haut du corps soit suffisant.
– Si ces terres appartiennent aux cavaliers, ai-je par la suite exposé à chouchou, ça veut dire que nous ne sommes pas sur les terres de l’abbaye ?
– Ça ressemble à ça, a répondu chouchou.
Nous avons marché tant et si bien qu’à seize heures passées nous y étions toujours, usant nos baskets sur les petits et moins petits cailloux.
En cours de randonnée, nous avons bien sûr pris des photos, observé des mésanges, mangé un bout de pain aux dattes et aux figues pour fournir du carburant à nos carcasses, et bu un jus que j’avais trop dilué à l’eau mais qui nous a quand même désaltérées.
Nous avons aussi, dans la surprise la plus totale, abouti à un endroit où se trouvent trois grands tipis.
– Ce sont sûrement les cavaliers, ai-je dit à ma fille, qui entretiennent l’endroit, d’ailleurs as-tu remarqué qu’on a rencontré ici et là des crottins pas si secs que ça ?
Juste au moment où j’exprimais ces paroles, les mêmes cavaliers sont arrivés, heureux de nous trouver parce qu’ils pensaient qu’on s’était perdues.
– Êtes-vous perdues ?, nous ont-ils aussitôt demandé.
– Pas du tout !, a répondu chouchou.
– Vous allez longer la falaise pour retourner à votre auto ?, a voulu vérifier le chef.
– Probablement, avons-nous répondu, au-dessus de nos affaires.
– À cette heure, il est préférable de prendre le chemin le plus court, celui de la falaise, a répondu l’autre homme du trio, le troisième membre en étant une femme.
– En fait, a dit chouchou, on cherche le belvédère St-Joseph.
– Vous allez le trouver pas très loin de l’endroit où un arbre est tombé qui bloque le sentier.
– C’est en plein là qu’on a cherché et on ne l’a pas trouvé, avons-nous répondu presque d’une seule voix.
Au même moment, le cheval noir de ce deuxième homme s’est cabré, cela a eu pour effet de faire cabrer le cheval blanc du chef, et de la sorte nos deux amis se sont éloignés sans rien ajouter. La cavalière était demeurée en retrait.
Nous avons fini par trouver le belvédère, et nous avons été je dirais les dernières à quitter le domaine.
Certes je commençais à me sentir les jambes molles et j’ai apprécié que la dernière portion du trajet soit descendante et non ascendante. Mais quand même, je me suis trouvée bonne, encore vivante, presque jeune.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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