Jour 123

Jour un deux trois.
Un, deux, trois, je m’en vais au bois.
Un deux trois go !
J’aurais grandement besoin de ce signal de départ au son duquel les athlètes se défoncent, donnent tout ce qu’ils peuvent. Le signal de l’impulsion ultime.
En effet, je macère dans les tergiversations. Normalement, pour évacuer un peu de vapeur lors de mes climax d’hésitations, je discute avec mon mari. Il m’écoute. Il me donne son avis. Parfois je l’écoute, parfois, pendant qu’il parle, je pense à autre chose. Il ne faut pas en déduire que je le laisse parler pour rien. Ce qu’il dit, que je l’écoute religieusement ou pas, me rend service en m’amenant ailleurs, un peu plus loin dans la progression de ma réflexion. Le problème, en ce moment, qui va durer dix jours, c’est que mon mari est absent. Je marche dans la maison, mon café à la main, j’observe mes plantes. Heureusement que je suis seule parce qu’on voit nettement la vapeur me sortir des tympans et ça me donne une drôle d’allure.
Ce n’est pas mon genre, vouloir ménager le chou et la chèvre. Je suis un bélier qui fonce. Je ne peux pas dire oui à une personne qui me propose un plan A, et dire oui aussi à une autre personne qui me propose un plan B, quand je suis la première à savoir que les deux plans ne se rejoignent pas, c’est l’un ou l’autre.
Je me demande comment j’ai fait pour m’endormir la nuit dernière tellement mon cerveau était envahi par le doute et les suppositions et les anticipations. J’y ai mis le temps, c’est vrai, un bon deux heures de contorsions mentales, et j’ai dû dormir dans une tension certaine car ce matin je ne me sens pas reposée.
Si je planifie grossièrement comment pourrait se dérouler le plan A, grossièrement parce que je n’en connais pas bien les aspects, je n’ai pas énuméré les premières étapes dans ma tête que je ploie sous la lourdeur de la complexité. La même chose, identique, se produit avec le plan B.
On comprend que je suis loin de mon défi, aujourd’hui, d’écrire en me cantonnant dans le temps présent. Je me disperse partout et ailleurs à la fois, je vais bientôt ressembler à une passoire.
J’ai eu pour noble occupation hier soir, pendant que ça tournait dans tous les sens dans mon cerveau, la création d’une toile. Mes mains se comportaient de la même manière que ma machine à penser. Elles cherchaient un sens, une unité, une orientation qui leur échappaient. J’ai d’abord appliqué de l’acrylique de différentes couleurs sur le canevas, puis j’ai collé du papier imprimé sur les différentes couleurs, puis j’ai tracé avec un crayon feutre noir des lignes fines sur le papier imprimé une fois séché –ça sèche vite–, puis j’ai utilisé du gesso dans lequel j’ai saupoudré des pigments secs pour le colorer, et j’ai agité mon pinceau sur la toile pour faire tomber la substance en gouttelettes (dripping), avant de trouver que le gesso était trop épais et de lui ajouter cette fois de l’eau…
J’étais en mode recherche, c’est le cas de le dire. En mode Je veux sauver cette toile, je veux la suspendre au mur et l’aimer.
Plus tard, si je ne la détruis pas, je pourrai regarder cette toile et me rappeler à quel point elle a constitué, ce 8 octobre au soir, une métaphore de mon état psychique tarabusté par une décision que je n’arrive pas à prendre en demeurant zen.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 123

  1. Jacques dit :

    Le nouvel ouragan de la saison est dans ta tête?

    J’aime

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