Jour 125

Beau chiffre en ce jour pluvieux.
S’il devait s’agir de dollars, c’est encore moins cher que mon épicerie d’hier, qui a coûté 153$ pour il me semble pas grand-chose. Les tablettes du frigo sont encore pas mal dégarnies.
S’il devait s’agir d’années, ce n’est pas l’âge auquel je voudrais terminer ma vie. C’est beaucoup trop vieux. Je passerais la partie excédant les cent ans à me bercer, ou à me tenir assise dans un fauteuil bien coussiné pour le confort de mes vieux os. Le fauteuil serait actionné par une télécommande électrique pour en incliner le dossier, le siège, la partie avant où reposent les pieds, etc. Ma belle-maman en a un. Quand on se rendait la visiter autrefois avant la Covid, son passage de la station debout pour nous accueillir à la station assise pour jaser avec nous, s’accompagnait de bzzz bzzz bzzz jusqu’à ce qu’elle ait atteint une position confortable. En outre, rien ne garantit que mes capacités cognitives seraient au rendez-vous pour le maniement de la télécommande.
Où en suis-je, en ce jour pluvieux ? Et si je faisais un résumé des aspects importants de ma vie, comme ça, pour le plaisir ? Mais d’abord, qu’est-ce qui est important ?
Il y a moins d’une heure, donc à l’intérieur du vingt-quatre heures du jour d’aujourd’hui, j’ai dû chercher une facture pour compléter un dossier. Quand je l’ai eu trouvée, débarrassée de ce pensum, je suis venue m’asseoir devant mon ordinateur et je me suis entendu dire : « Bon, maintenant, passons aux choses importantes ». À savoir écrire, inventer un exemplaire supplémentaire de 500 mots qui fait baisser mon compte à rebours. Écrire, donc, est important pour moi, et pour moi seule, je le crains. C’est peut-être un peu important, par ricochet, pour les gens de mon entourage immédiat qui auraient à s’accommoder d’une Lynda moins équilibrée si je n’écrivais pas.
Bien entendu, pouvoir payer l’épicerie, puisqu’il en est question plus haut, pouvoir, encore, apporter les rénovations nécessaires au duplex de Montréal –comme lorsque la peinture du plafond du salon s’est mise à se gonfler d’eau parce que le toit coulait, par exemple– sont des aspects essentiels, voire incontournables de la vie, mais je dois avouer que je n’y pense jamais. Je m’arrange pour avoir l’argent nécessaire, je paie les dépenses –la réfection du toit a coûté très cher–, puis je n’y pense plus. Je délaisse ces vastes dossiers à conséquences bien réelles –l’eau qui boursoufle la peinture–, pour me tourner vers mes minuscules occupations, insignifiantes pour la poursuite du mouvement du monde, mais combien signifiantes pour moi.
Hier soir, pour la première fois depuis des mois, hormis mon cours de dessin qui me voit deux heures par semaine tenir un bâton de fusain, sans trop d’enthousiasme parce que les calculs avec la visée me donnent mal au coeur, je me suis lancée dans un projet artistique. Ça aussi c’est important. J’ai retiré son passepartout blanc d’un cadre pouvant recevoir cinq photos de format 5"X7". J’ai couvert ce passepartout d’un imprimé végétal provenant d’une serviette de table en papier. J’ai fait adhérer l’imprimé au moyen d’un produit transparent qui aurait, mais qui ne semble pas avoir, en fait, des propriétés phosphorescentes. J’ai ensuite collé ici et là, sur le passepartout végétal obtenu, des morceaux de photos provenant toutes de ce que j’appelle des fonds de sous-bois. L’idée étant, sans surprise, de faire se rencontrer deux univers végétaux, celui des serviettes de table et celui de la nature réelle dans le bois. Pour obtenir les photos des sous-bois, je me mets à genoux et je positionne mon téléphone, en l’inclinant le moins possible, au plus près du sol couvert tantôt d’aiguilles rouillées, de feuilles grisâtres séchées, de champignons colorés, de fines branches cassées…
Je ne suis jamais capable d’évaluer si j’aime le résultat que j’obtiens. Je peux seulement écrire ici que j’aime vivre la portion de temps qui me voit tenter de créer un ensemble, un sujet, un objet… je ne sais pas quel mot s’avère le plus juste.
Parfois, découvrant le résultat de mon expérimentation artistique, des personnes expriment que ça leur plaît. Quand ça ne leur dit rien, elles n’expriment rien.
Mon mari, qui ne s’intéresse pas tellement à l’état des murs de sa propre maison, n’a pas encore remarqué qu’un cadre complètement transformé habite le corridor qu’il traverse des dizaines de fois par jour…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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