Jour 130

Juste au moment où je m’apprête à entamer ce texte, le téléphone sonne. C’est mon amie voisine qui me propose d’aller marcher dans les prochaines minutes, profitant d’une accalmie entre deux épisodes de pluie. Ça me fait un velours de recevoir une invitation et de savoir qu’une personne pense à moi.
Nous avons marché sous la pluie finalement.
Au moment où je reviens m’installer à mon ordinateur, donc maintenant, je vois chatonne à travers la grande fenêtre de mon bureau qui traverse la rue, insensible à la pluie, pour se rendre attraper des souris dans le champ qui fait face à la maison. C’est la minute de poésie de ma journée. Elle avance de manière féline, elle prend son temps, il faut dire qu’elle a plus de douze ans.
La matinée fut, à l’inverse, prosaïque. Elle n’a pas été consacrée, comme hier, à des conversations téléphoniques, mais à des courses.
– Je devrais aller faire les courses, ai-je dit à mon mari comme on approchait de dix heures.
– Tu sembles bien installée sur le canapé, prends ton temps, il n’y a rien qui presse, a-t-il répondu.
– Mais ce midi on n’aura rien à manger si je n’y vais pas, ai-je répliqué.
– Il ne faudrait pas oublier d’acheter du lait, fut sa réponse.
J’avais trois déplacements de prévus : un à la quincaillerie, un à la pharmacie afin de me faire à nouveau piquer le doigt pour le RNI, et enfin je suis allée faire l’épicerie. Ça faisait quelques matins que mon mari se plaignait de ne pouvoir manger des toasts parce qu’on manquait de pain. J’en ai donc acheté plusieurs, et j’ai aussi acheté trop de fromages. Cela a eu pour conséquence que ce midi nous avons mangé des grilled-cheese avec un restant de brie –avant d’entamer les nouveaux spécimens– et du pain Première moisson au levain et aux noix que j’ai tranché trop épais. Le résultat fut assez lourd, il fallait bien mastiquer. Comme cependant j’avais prévu cette lourdeur, je nous ai équeuté des fraises tardives du Québec en accompagnement, pour créer de la fraîcheur en bouche. Denauzier ne se surprend plus de mes associations alimentaires, il mange tout sans rechigner.
Je me suis surprise, sur le chemin du retour, après les courses, à constater que je conduisais ma voiture en portant mon masque. Je l’ai reçu de ma voisine au chalet. Elle a des doigts de fée. Elle a passé l’été 2019 sur un projet de grand napperon de dentelle qui requiert beaucoup de minutie, et l’été 2020 à crocheter des poupées en suivant pour ce faire des patrons compliqués qui étaient truffés d’erreurs et qu’elle savait corriger. Mon nouveau masque est parfaitement adapté à mon visage. Il reste en place, ne me blesse pas le derrière des oreilles, ne fait pas apparaître de buée sur le verre de mes lunettes, bref il a toutes les qualités.
Cette incartade à propos du masque m’éloigne, encore une fois, de mon projet d’écriture microcosmique autour de mon strict quotidien pendant les vingt-huit jours de ce second confinement. Le masque me transporte dans le passé, où moment où je l’ai reçu, et me fait voyager jusqu’au chalet. Bof. Comme je suis seule maître à bord de mon blogue, et qu’il n’est pas trop problématique d’y faire régner l’ordre, je ferme volontiers les yeux sur mes manquements.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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