Jour 146

Pourtant les choses s’arrangent toujours d’elles-mêmes. À l’âge que j’ai, je devrais le savoir. Le plus souvent, on n’a rien à faire, il suffit d’attendre.
Je me rappelle d’une histoire qui m’a été racontée quand j’étais adolescente. Nous étions dans une voiture, j’étais passagère et le raconteur de l’histoire était le conducteur. Le raconteur conducteur avait à l’époque le double de mon âge, disons qu’il avait trente ans et que j’en avais quinze.
– J’ai une histoire à te raconter, avait-il commencé.
– Une histoire vraie ?, avais-je voulu vérifier.
– Non, non, une blague.
– J’écoute, avais-je répondu, en soupçonnant qu’il était possible que je ne comprenne pas.
Déjà, à quinze ans, j’étais capable de me rendre compte que je n’étais pas une bonne décodeuse de blagues. C’est peut-être, d’ailleurs, parce que je l’ai comprise du premier coup que je m’en rappelle encore, quarante-cinq ans plus tard !
– C’est l’histoire d’un homme qui est en voiture, comme nous en ce moment, avait commencé le raconteur conducteur. Il se rend compte qu’il a oublié de mettre une pelle dans le coffre de son véhicule. L’histoire se déroule en hiver. Il se rend compte, donc, qu’il a oublié d’apporter une pelle, par mesure de sécurité, or, pour ne rien arranger, il constate que le ciel se fait de plus en plus gris. Et quelques minutes plus tard, bien entendu, il se met à neiger.
– Et l’individu n’a pas de pelle, avais-je jusque-là résumé.
– Ça ne prend pas de temps qu’on ne voit plus rien sur la route, qui est une petite route secondaire de campagne. Et, comme tu peux imaginer,… ce qui devait arriver arriva.
– L’homme fait une sortie de route, il glisse dans le fossé !, avais-je anticipé.
– Exact. L’homme perd le contrôle de son véhicule et se retrouve dans le champ. Il sort, fait le tour de sa voiture et se rend compte qu’avoir eu une pelle dans son coffre, il lui aurait suffi de l’utiliser pour se sortir du pétrin.
– C’est difficile à croire, mais on va faire comme si de rien n’était, avais-je répondu. Habituellement, ce genre de situation nécessite l’intervention d’une remorqueuse.
– C’est juste une blague, ne l’oublions pas, avait répété le raconteur conducteur.
– Comme il est familier des environs, avait-il poursuivi, l’homme dont la voiture a pris le champ se dit que la meilleure manière de régler son problème, c’est encore de marcher jusqu’à la prochaine maison, située à environ un kilomètre. D’une part, il sait bien qu’il ne passera personne sur la route pour venir l’aider, et d’autre part il n’est pas si bien habillé que ça pour affronter une tempête. Mieux vaut marcher, se dépenser, pour ne pas avoir froid. Il marche. Et réfléchit à sa situation. « Le mieux », se dit l’homme qui marche, « ce serait de revenir à ma voiture avec une pelle, pour la sortir de là et rentrer chez moi. »
– Sa femme l’attend à leur domicile, j’ai oublié de le préciser, avait glissé le raconteur conducteur, elle est enceinte et sur le point d’accoucher.
– Décidément, les astres ne favorisent guère notre homme, avais-je commenté.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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