Jour 152

Le film de Lelouch dégage un parfum durassien, un parfum d’ambassade, de femmes sophistiquées et de noeuds papillons, un parfum aux effluves cependant joyeux, énergiques, rien à voir avec les personnages de Marguerite qui ont de la difficulté à bouger, à parler, tellement ils sont prisonniers de leurs tourments intérieurs.
Quand je constate à quel point je suis élevée, transportée, nourrie, voire embellie par les films que j’écoute, je me dis que j’ai gâché ma vie. Je ne m’explique pas que mon destin ne m’ait pas amenée à me déplacer partout sur le continent dans le sillage de Claude. Puis, je me dis qu’une seule journée dans son sillage m’aurait tellement traversée d’émotions diverses, toutes intenses et vives, qu’elle aurait nécessité un besoin de repos d’un bon mois. Alors je me console. Je ne suis pas faite pour cette merveilleuse vie d’épanouissement artistique incessant. Quoique. On s’habitue peut-être à évoluer sans s’épuiser dans une vie d’une richesse infinie ?
Je peux me rabattre, pour me consoler, sur la manière de penser des gens du pays de l’Inde : la vie terrestre d’un individu y est une préparation à la vie terrestre suivante, car nous en avons plusieurs à notre disposition. En bas de la chaîne se trouve la vie pauvre, sans nourriture et sans lieu pour habiter. On vit dans la rue. On mange ce qu’on peut. On se débrouille avec les moyens du bord. Puis, au fur et à mesure des vies qui lui sont attribuées, l’individu peut espérer accéder à un environnement plus décent matériellement, car de cet environnement dépend la capacité à s’élever spirituellement. Autrement dit, quand on est mort de faim, on chasse d’abord et on réfléchit ensuite. D’où il ressort que je pourrais envisager que ma vie terrestre actuelle est une étape préalable à une vie qui se déroulera dans les traces du grand Claude, en misant sur le fait qu’il continuera de vivre dans le corps d’un réalisateur de cinéma, une fois mort et réincarné.
En attendant, je dois accepter la petitesse de ma réalisation artistique Camouflage et ne pas me décourager d’être une fois de plus confrontée à un résultat mitigé pour n’avoir pas été assez rigoureuse, précise, minutieuse dans mon approche. Je ne me lancerai pas dans la description dudit projet. Je mentionnerai seulement que j’ai peint cette semaine sur le mur les lettres du mot Camouflage, en m’assurant bien entendu, c’est une question de concept, de camoufler le mot camouflage derrière la grille de mon installation. Or, les lettres sont juste un peu trop camouflées, on ne les voit pas ! Pour que mon projet prenne tout son sens, crée tout son effet, il faudrait que les lettres apparaissent juste un peu plus haut dans l’installation, un pouce plus haut. 
On le voit, je n’arrête pas de m’accrocher les pieds dans des considérations techniques qui me gâchent la vie. En témoigne, parmi d’autres, le projet d’installation du grand cadre couvert de mandalas dont il a été question dernièrement, installation qui requiert de d’abord laver, puis peindre les murs…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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