Jour 156

C’est incroyable à quel point tout est relié. Comme la chaîne alimentaire. Comme un jeu de domino quand, le détournant de son utilisation première, on en fait tomber les tuiles les unes sur les autres sur un long parcours.
L’histoire commence à Strasbourg où je me trouve, début janvier dernier, alors que les médias font grand cas de la parution toute récente du livre Le consentement, de Vanessa Springora. Je suis assise dans un café avec vue sur la FNAC juste en face de la table où je suis installée. Une place centrale nous sépare, en fait, comme on en voit beaucoup dans les villes européennes. Les rues vont dans tous les sens, dans les villes européennes –j’ai toujours l’impression qu’elles tournent sur elles-mêmes avec mon piètre sens de l’orientation– et tout d’un coup elles aboutissent sur une place centrale, ici la Place Kléber. Je suis en train de feuilleter une revue, je ne me rappelle pas laquelle, et là, tout d’un coup, je me dis qu’à la place de la revue que j’ai entre les mains je pourrais être en train de feuilleter un roman écrit par moi.
À mon retour à la maison, une semaine plus tard, très enrhumée, plutôt exténuée par mon séjour européen de presque un mois auprès de chouchou, je m’attelle, j’écris jusqu’à six heures par jour, pendant plusieurs jours, et j’aboutis à un texte de quelque cent trente pages que j’ai fait lire à deux copines. Les deux m’ont dit que c’était intéressant, mais maigre, et qu’il serait préférable que je gonfle mon nombre de pages, que je détaille, que je crée davantage de liant entre les temps forts de mon récit. Je suis d’accord avec elles, tant maintenant qu’à l’époque, lorsqu’elles m’ont fait le compte rendu de leur lecture.
Nous voilà rendus à la mi-mars avec tout ça, le temps pour moi d’avoir écrit et pour elles d’avoir lu, à quelques jours de vivre une pause historique.
Fidèle à mon tempérament de bélier, je décide de faire imprimer mon texte en quelques exemplaires pour les envoyer à des maisons d’édition.
– Tu ne penses pas maman que tu devrais travailler un peu plus ton écriture ?, s’étonne Emma d’aussi loin qu’elle se trouve, déjà confinée dans son appartement.
– Probablement que tu as raison, mais je ne peux m’empêcher de considérer ce projet conclu, terminé, alors pour aller jusqu’au bout de l’exercice, et passer à autre chose, je ne sais pas encore quoi, je lance la bouteille à la mer, on verra.
C’est une bien drôle manière de s’y prendre, j’avoue.
Je suis donc allée à l’imprimerie de Joliette, dans les tout derniers jours qui ont précédé sa fermeture, et j’en suis ressortie avec cinq copies de mes cent trente pages maigres. Au moment de sortir du commerce, cependant, mon regard tombe sur un mandala géant qui se vend 2$ et que j’achète dans le but de le colorier avec mes crayons au gel. Comme ça, pour le plaisir.
Puis arrive le confinement, nous partons mon mari et moi au chalet dans le bois, des fois qu’il s’avère véritablement dangereux de circuler dans la société, et j’y colorie mes petites masses comme une bonne, de même que je parle à chouchou par Facetime chaque après-midi à 13:30, sept jours sur sept. À bien y penser, et sans surprise, ce fut une des plus riches périodes de mon année.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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