Jour 157

Ma sortie avec cousine a été annulée pour un cas de force majeure, de type attente qu’un plombier se présente à la maison, pas la mienne, la sienne. Me découvrant libre, du coup, de tout engagement, j’ai décidé d’aller à Joliette faire des courses. J’ai appelé Bibi juste avant de partir, elle était libre, alors nous sommes allées boire un café dans l’heure qui a précédé ma visite au CHSLD. Autrement dit, quand je vais à Joliette, j’en profite pour aller visiter papa et, pour faire d’une pierre deux coups, je le visite en le nourrissant. Quand j’ai constaté, jetant un regard à la montre de Bibi, qu’il était 16:25, je me suis empressée de la quitter, la laissant seule avec la facture, mais en l’assurant que la prochaine fois ce serait mon tour de payer pour nous deux.
Je suis arrivée à la chambre de papa à 16:40, soit avec dix minutes de retard sur l’heure de la distribution des plateaux, or papa avait déjà terminé de manger !
– Les plateaux ont été distribués plus tôt que d’habitude, m’a dit une préposée.
– Est-ce que nous pouvons nous promener, dans ce cas ?, ai-je voulu vérifier.
– Bien sûr !, a répondu la jeune femme.
J’en ai déduit que les règles de distanciation et tout le bataclan avaient été assouplies. Donc, avec papa, je suis allée me promener comme autrefois, au premier étage.
– Voudrais-tu faire une promenade ?, ai-je d’abord demandé au principal intéressé.
Il était en train de m’expliquer qu’entre deux maux, il faut choisir le moindre –ou quelque chose du genre.
– Comment tu m’arranges ça ?, a-t-il répondu.
– Aimerais-tu faire une promenade ?, ai-je répété, sans mentionner qu’on semblait en avoir le droit, contrairement à il n’y a pas si longtemps qu’on ne l’avait pas, ou, plus précisément, qu’on ne l’avait plus.
– Ah oui !, j’aime me promener, a-t-il répondu.
J’ai été surprise qu’il comprenne ce que je lui disais.
– As-tu peur d’avoir froid ?, ai-je aussi demandé.
– Oui, je suis frileux, a-t-il dit. Ça me prendrait une veste, a-t-il ajouté.
Wow ! Deuxième réponse pile-poil, comme dirait Emma, en lien avec le sujet.
– Je vais te couvrir avec cette couverture, ai-je dit en déposant sur lui le drap de flanellette qui se trouvait sur son lit.
J’ai pris la peine de bien placer le drap afin qu’il ne se coince pas dans les roues du fauteuil roulant.
– Merci, a dit papa quand j’ai eu terminé.
Et nous sommes partis à l’aventure.
En cours de route, je l’entendais qui faisait référence à sa mère, qu’il appelle, encore maintenant, alors qu’il est sur le point d’atteindre l’âge qu’elle avait à son décès, « grand-maman ».
– Amène-moi à mon appartement sur la rue Notre-Dame, disait-il.
– À quelle hauteur sur la rue Notre-Dame ?, ai-je voulu savoir.
– Juste en face de l’endroit où habite « grand-maman » –qui habitait rue Papineau !–, a-t-il répondu.
– Hum… c’est embêtant, ai-je commencé, il me semble que grand-maman n’habitait pas rue Notre-Dame.
Puis, pour faire diversion, j’ai eu l’idée de lui demander si grand-maman était encore vivante.
– Oui, a répondu papa, mais si tu continues d’agir comme tu le fais, tu vas la faire mourir.
Ça, je veux dire ces messages glissés mine de rien sur le ton le plus naturel du monde, c’est du papa tout craché.
Je n’en suis pas revenue à quel point il était en forme.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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