Jour 177

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Début des années 90, Catherine Deneuve mise sur une allure légèrement plus stricte.

En faisant un gâteau tout à l’heure selon une recette inventée, je me suis mise à penser à ma directrice de thèse, cela me ramène au début des années 90. Elle trouvait qu’avec les années, c’était de plus en plus lourd de préparer sa maison –elle habitait seule– en prévision de son absence d’un mois en France, où elle allait passer ses vacances chaque été. Je trouve aussi que c’est lourd tous ces détails auxquels je dois penser lorsque nous partons à la Manawan : laisser une lumière allumée dans la salle de séjour, vider les poubelles de la cuisine, remplir l’abreuvoir d’eau sucrée pour les colibris, apporter la litière de la chatte et tout le tralala –je ne commenterai pas la préparation des glacières. Nous partons en effet demain pour une dizaine de jours.
C’était le bon temps, le début des années 90, du moins par rapport à maintenant, en ce qui a trait aux voyages qui n’étaient pas encore trop récupérés par l’industrie du tourisme. Il me semble aussi qu’il faisait moins chaud, qu’on ne mourait pas de chaleur sous la canicule dans les villes grouillantes de monde, que les files pour visiter des sites étaient moins longues, qu’il était encore possible de manger de bons repas pour pas cher dans les restaurants. Mais je peux me tromper dans cet accès de nostalgie, c’était peut-être différent mais pas forcément plus agréable…
Ma directrice me disait qu’elle souffrait beaucoup de solitude, pendant ces voyages estivaux, mais elle les effectuait quand même. Elle en profitait pour magasiner de très beaux ensembles tailleurs qu’elle portait pendant l’année pour donner ses cours à l’université. Un été, en début de séjour parisien, elle s’était acheté un tel ensemble et l’avait fait mettre de côté, comme on dit ici, en ce sens qu’elle avait demandé à la commerçante de le ranger quelque part, dans l’arrière-boutique, le temps qu’elle revienne le chercher au terme de son voyage, dans quelque quatre semaines. Ainsi fut-il fait, mais ma directrice n’avait pas prévu que les bonnes tables françaises auraient une incidence sur sa nouvelle acquisition. Elle ne pouvait plus attacher la jupe à la taille, quatre semaines plus tard, et la boutique ayant écoulé les autres tailles n’avait pas de tailleur plus grand à lui offrir. Elle s’était dit qu’elle s’arrangerait pour perdre les kilos en trop une fois de retour à la maison, mais ce projet ne se concrétisa pas, de telle sorte que pour pouvoir porter son ensemble elle s’était résolue à le faire agrandir, et n’avait pas pris plaisir à le porter car une fois agrandi il ne lui seyait plus aussi bien, il n’avantageait pas sa silhouette. Ma directrice me racontait des choses aussi personnelles, aussi intimes, alors que je ne la connaissais guère.
Souffrant d’insomnie, elle pouvait passer des heures à lire en pleine nuit. Quand elle portait beaucoup de fond de teint lors de ses présences en classe, je pressentais que c’était en partie pour dissimuler ses cernes. Elle est décédée il n’y a pas tellement longtemps, même pas un an, encore jeune à 77 ans, d’un cancer.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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