Jour 200

Une autre amie T. Elle a adapté ses cours afin de les transmettre à distance, en ligne à ses étudiants. Elle enseigne à l’université. « Je n’ai jamais tant travaillé », m’a-t-elle dit, or elle a l’habitude de travailler beaucoup.
Et moi ? C’est bien beau l’énumération, fort succincte, de ce que vivent mes amis, mais moi, comment vis-je le confinement ? Je le vis en me convainquant qu’il est déjà fini. J’ai toujours fait ça, anticiper pour atténuer la déception. Je décide que le confinement est fini, et comme ça les médias peuvent bien en annoncer la fin, ça ne m’ébranle pas puisque j’avais prévu le coup. Car j’aimerais qu’il dure longtemps, j’aimerais que l’eau des canaux à Venise ne redevienne pas brunâtre, j’aimerais que les manières changent afin que l’on protège les ressources de la terre. J’aimerais qu’il soit désormais interdit de circuler en mastodonte bateau de croisière. J’aimerais que l’on cesse la course à toujours plus de rendement, que l’on devienne des humains solidaires adeptes de la lenteur. J’aimerais qu’on arrête de penser en termes de profits et de croissance. Ça n’arrivera pas, alors je décide que nous sommes déjà de retour dans la course folle et je n’y pense plus. S’il advenait que le déconfinement se voit stoppé et que l’on revienne en mode confinement, cela dit, je serais excitée comme une enfant.
Mon amie M. Habite en Europe et comptait venir visiter sa famille en juin au Québec. Elle est déçue. Comme elle est adepte des bistros et autres petites casas où elle peut manger pour presque rien dans son pays d’adoption et que c’est toujours excellent dans ces casas qu’elle a découvertes, elle doit se remettre aux fourneaux et ça ne l’excite pas trop.
Mon amie L. J’ai plusieurs amies L. A l’habitude de marcher quotidiennement au Jardin botanique et ce depuis des années. Elle marche quand même pendant le confinement, beau temps mauvais temps, mais elle s’ennuie du Jardin.
Mon amie S. Est grand-maman et ne peut câliner ses petits-enfants. Ils lui manquent terriblement. Comme elle est une personne très en forme, alors qu’elle fait partie des personnes à risque dans le contexte de la pandémie, elle ne comprend pas trop le bien-fondé de toutes ces mesures selon lesquelles, pour ne donner qu’un exemple, ce n’est plus elle qui fait son épicerie mais sa fille.
Mon amie F. Est mieux installée à la maison, en télétravail, que dans son cubicule à l’université. Elle va trouver difficile le retour à la vie d’avant qui la voit voyager et tout le temps se dépêcher.
Très peu d’amis me disent être inquiets et craindre pour leur sécurité.
Une personne apprécie énormément cette vie calme entre les murs de sa maison car elle est de tempérament casanier. Nous nous sommes parlé par FaceTime et j’ai pris une photo d’elle au cours de notre conversation qui l’immortalise affichant le plus beau sourire, événement rarissime.
Mes lecteurs vont penser que j’ai beaucoup d’amis. Cette amie F. d’ailleurs dont il est question ci-dessus me disait souvent, du temps que je travaillais avec elle, que j’avais beaucoup d’amis.
– Allons-nous marcher ensemble ce midi ?, me demandait-elle à l’époque.
– Je ne peux pas, je dîne avec ami.
– Encore un ami ? Tu as beaucoup d’amis !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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