Jour 203

Dans mon rêve de la nuit dernière, une amie qui m’est très chère, qui a le sens de l’écoute, avec laquelle je peux avoir des conversations qu’il ne m’est pas donné d’avoir avec beaucoup d’autres proches, cette amie, donc, m’étonnait par son comportement inhabituel. En effet, elle ne m’écoutait pas ! Elle était étrangement active, en mouvement, énergique, enthousiasmée par la perspective de proches événements culturels qui captaient toute son attention. C’est sûr, en ces temps de Covid, que l’idée d’événements culturels à portée de la main a de quoi déconcentrer sa femme ! 

Je me disais, découvrant que je n’arriverais pas à entrer en contact avec elle, qu’il se présenterait bien une autre occasion de lui parler, et qu’il me suffisait, dans les circonstances, d’essayer de profiter autant que mon amie des événements qui étaient sur le point de se produire, je ne savais trop lesquels, des prestations d’artistes ou des rencontres avec quelques-unes de ses connaissances–que je ne connaissais pas ! Je me disais, en un mot, qu’il me suffisait de la suivre, d’essayer de profiter de tout, et, advenant que ce soit difficile de profiter de tout, d’endurer mon sort.

Il ne m’était pas possible de rentrer chez moi, nous étions en quelque escapade. Ça me revient : elle m’annonçait qu’elle était propriétaire d’un appartement, à Montréal, près de l’UQÀM, situé dans un complexe majoritairement habité, sans surprise, par des étudiants. J’enviais mon amie parce que je la trouvais aussi en forme, physiquement, que ses jeunes voisins. Elle avait du ressort comme ça ne se peut pas !

Le temps d’un éclair, nous nous retrouvions dans cet appartement et je découvrais qu’elle le partageait avec une colocataire. Cette dernière avait installé plein de choses, de son côté, qui décoraient les lieux, mais il n’y avait rien sur les murs dans l’espace réservé à mon amie. L’appartement, construit en forme de rectangle, n’était pas divisé comme on l’entend habituellement, où chaque personne dispose d’une chambre à coucher et partage les espaces communs. Ici, une moitié de la surface rectangulaire, sans division aucune, était associée à la coloc, et l’autre moitié à ma copine, de telle sorte qu’une moitié de l’espace était agréablement décorée, tandis que l’autre moitié était dénudée, presque vide. Je remarquais que le lit de ma copine arrivait pratiquement sur la ligne de division entre les deux univers. On dormait zen et, selon le côté du lit où on déposait les pieds, au réveil, on se réveillait encombré !

Il se passait toutes sortes de choses par la suite dont je ne me rappelle pas trop, et là où je veux en venir, c’est que je me suis réveillée pas du tout bien dans ma peau, et j’ai traîné de la patte toute la journée. J’avais des douleurs au cou et au dos, comme si j’avais pris un coup de froid pendant mon sommeil, et effectivement, à un moment donné, je me suis rendu compte que je n’étais couverte que par le drap alors que l’air ambiant était frais pour avoir entrouvert –un cm à peine– la fenêtre.

Je suis quand même allée marcher. J’ai quitté le chalet il faisait presque soleil, puis le ciel est redevenu gris noir, et il s’est remis à neiger et à venter. En marchant dans le blizzard, et en lien avec les animaux qui ont égayé notre séjour de ces 26 derniers jours, qu’ai-je vu ? Un insecte noir semblable à un maringouin qui avançait difficilement et à pas de tortue sur les flocons de neige –il était aussi en forme que moi ! Et pas tellement plus loin, près de la chute d’eau qui a pris la forme d’un ours vu de profil, au fur et à mesure de la fonte des glaces et de la neige autour de son lit, j’ai vu, donc, et pour la troisième fois au cours de mes promenades de ces derniers jours, une chenille noire. Elle avait autant de difficulté à avancer que le pseudo maringouin. Je me demande si la pauvre chenille se promène, toute seule dans le froid, par une anomalie de la nature qui l’aurait vu sortir de son cocon, cette année, plus tôt qu’en temps normal, ou si au contraire c’est normal qu’elle affronte les éléments de la nature en attendant l’arrivée du printemps, je veux dire d’un printemps non hivernal comme le printemps qui sévit ici en ce moment. Était-ce la même chenille, d’ailleurs, ou en ai-je vu trois différentes ?

Sur ce, je retourne à ma montagne magique, non sans avoir imité Thomas Mann avec mes phrases longues et alambiquées.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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