Jour 207

À mon arrivée, donc, dans le bois, j’ai colorié, et quand j’ai eu fini de couvrir de couleurs mon mandala géant, je me suis mise à lire davantage, non sans d’abord m’assurer de ranger mon oeuvre d’art dans un tube d’aluminium. C’est Denauzier, mon sauveteur, qui m’a orientée vers ce tube. Il traînait dans le chalet. Il s’agit d’un tube qui sert normalement à constituer, assemblé à d’autres tubes et à des coudes, une cheminée, comme il y en a une justement dans mon champ de vision attachée à notre poêle au propane. Bien entendu, j’ai utilisé un tube qui n’avait jamais servi et qui était exempt de suie. J’ai inventé une manière de bloquer les extrémités de mon tube au moyen de sacs Ziploc, dans le bois on se débrouille avec ce qu’on a, de sacs Ziploc et d’élastiques, et ainsi mon mandala attend en toute sécurité, délicatement enroulé sur lui-même, de se faire encadrer le portrait, sans risque d’être endommagé.

Voilà pour le mandala, et place à Thomas Mann, qui m’accompagne, donc, depuis une bonne grosse semaine. Mon but, lisant le roman, et je sais que ce n’est pas à la hauteur d’une personne qui a été formée en littérature à l’université, est d’abord et avant tout de me rendre jusqu’à la fin, comme s’il était dangereux que je n’y arrive pas, un par paresse, deux par crainte de ne pas comprendre parce que ce n’est pas tout le temps facile à suivre, les débats d’idées contraires entre deux personnages en particulier, Settembrini et Naphta, et trois, enfin, par perte d’intérêt. C’est le pire qui peut arriver, la perte d’intérêt, car alors je ne suis plus capable d’avancer, même en fournissant mon maximum d’effort. Comptant cependant six cent soixante-quinze pages derrière moi, n’ayant à lire que les trois cents restantes, je me sens plus détendue et plus à même de croire que je vais y arriver.

De toute façon, comme je l’ai écrit hier, je lis de longs passages savoureux le sourire aux lèvres, passages tantôt descriptifs, tantôt de monologues intérieurs, tantôt rendant compte de conversations entre les personnages, sans oublier la narration des événements, etc.

Il m’arrive, lisant ces grosses briques, entre deux chapitres, par exemple, de feuilleter les pages qu’il me reste à ingérer, feuilleter, encore là, par manque de confiance en moi, pour m’assurer que je ne serai pas sous peu tendue par l’effort que je viens de fournir, advenant que l’auteur décide de mettre à l’avant-plan ses mêmes personnages bavards ci-nommés qui n’en finissent plus de se quereller pour défendre leurs idées. Or, c’est ainsi feuilletant que j’ai découvert hier que le « bon et droit » Joachim doit revenir au sanatorium, et cela m’a soulagée –même s’il revient pour y mourir– car j’aime ce personnage placide, d’autant qu’il ne se lance jamais dans des débats d’idées à n’en plus finir car ce n’est pas son genre.

Quelques thèmes ressortent de ce texte d’aujourd’hui que j’aimerais énumérer, puisque ces derniers temps cette activité, l’énumération, me sied. 1. D’abord le parallèle entre ma vie en haut, en ce temps de Covid, et la vie en haut de Hans Castorp dans ses montagnes suisses. 2. Ensuite, ce besoin que j’ai de thésauriser pour mieux éliminer, un élément à la fois, constatant en cours d’exercice qu’il est excessivement facile d’accumuler et parfois très long d’utiliser les accumulés jusqu’à leur dernière miette. En sous-point des énumérations, je note ici que 2.1 nous sommes en processus de décroissance marquée de nos provisions, j’aurai peut-être envie dans un autre texte d’énumérer ce qu’il nous reste à manger, évaluant par le fait même pour combien de jours nous en avons, et il est possible que j’aie envie 3. d’aborder le sujet de mes projets d’art en cours, mandala et compagnie, et d’énumérer peut-être 4. quels sont les appareils, aspects de la vie dans la maison d’en bas qui me manquent quand nous sommes en haut.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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