Jour 211

Lulus

C’est injuste, ma fille est trop belle avec sa peau jeune et lisse ! 

J’ai vu passer toutes sortes d’expressions tentant de décrire cette réalité nouvelle dans laquelle nous vivons : Pâques confinées, Pâques à distance, Pâques virtuelles, Pâques réinventées… Emmanuelle et moi avons opté pour Pâques en lulus !
J’ai hésité avant d’écrire le mot. Dois-je accorder les lulus ? Le mot se veut-il une onomatopée, par nature invariable ? Mais comment les cheveux coiffés en deux couettes pourraient-ils émettre le son « lulu » ? Je décide qu’il s’agit d’un nom et je l’accorde.
L’idée des lulus vient de ma fille car elle en portait hier quand nous nous sommes parlé.
– Fais-toi deux lulus pour le Facetime de demain !, m’a-t-elle écrit en fin de soirée sur Messenger.
– Je vais essayer, ai-je répondu, consciente que je n’avais probablement pas d’élastique pour honorer la fantaisie pascale.
J’en avais un, dans ma trousse de produits de toilette. Je suis allée en chercher un autre dans le tiroir à ustensiles, me rappelant que je conserve les élastiques qui entourent les oignons verts et les brocolis.
Nous voici donc mère et fille, sur la photo-vedette, lors de notre échange d’aujourd’hui sur Facetime.
Je dois reconnaître qu’il n’y a pas de lien, ici, entre Pâques, la résurrection du Christ et la coiffure en lulus, sauf peut-être, et encore très vaguement, que les lulus s’apparentent aux oreilles du lièvre, ce dernier animal s’avérant le symbole de la fécondité en cette période printanière, de la même manière que les œufs.
Pendant ce temps, il fait beau et chaud à Strasbourg. Emmanuelle m’a demandé ce que je pensais de son idée d’installer des rideaux plus opaques, mais pas forcément plus foncés, aux fenêtres de son appartement qui sont orientées plein sud et qui laissent entrer un soleil déjà fort en avril.
– Tu n’as rien de sombre ?, ai-je demandé, ça aiderait à te protéger de la chaleur.
Elle n’a rien de sombre.
– Le confinement en France sera probablement allongé jusqu’à la mi-mai, ai-je dit à ma fille, d’après les articles que j’ai lus récemment.
– Ça ne m’étonne pas, a-t-elle simplement répondu.
Mine de rien, elle se prépare, en voulant se protéger de la chaleur, pour un été casanier qui la verra, dans ses temps libres et comme elle le fait déjà, se peindre les ongles, se faire des lulus, se tatouer des mandalas avec du henné qu’elle commande sur Amazon. Cuisiner, faire du ménage, écouter des films cultes à partir d’une liste qui lui a été transmise par son frère.
Sur un registre fort différent, mon mari et moi parcourons les pistes en motoneige autour du lac. Faisons de la raquette. Chauffons au bois. Puisons l’eau à travers l’épaisse couche de glace du lac. Recevons la visite des loups sur la galerie du chalet et les découvrons, ils étaient deux, léchant quasiment les vitres de notre porte patio. Écoutons le soir des films non cultes –au son de la génératrice– ramassés ici et là sous forme de vieux DVD.
Sur ce, je vais aller lire quelques pages de La montagne magique, toujours portant mes lulus.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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