Jour 220

Je vais disposer de cinq jours de solitude à partir de demain le 11 mars.
Je veux en profiter pour peaufiner mon récit. Il me reste un chapitre à écrire, et tous les chapitres à relire pour éliminer les maladresses, les répétitions, les lourdeurs, les exagérations, les figures de style qui sont gratuites, et encore toutes ces enjolivures qui n’enjolivent rien. Quand j’écris une enjolivure, d’ailleurs, je sais qu’elle ne tiendra pas la route, que je vais la retirer de la version finale, mais je l’écris pareil. J’ai toujours eu besoin de tester. Je dois avoir un caractère têtu ou incrédule.
J’ai trouvé le titre. Une amie m’a dit que ce titre pourrait lui donner envie de feuilleter le livre, admettons, dans une librairie.
J’ai constaté que certaines maisons d’édition exigent que le manuscrit soit soumis sous forme électronique, d’autres sous forme papier, d’autres sous forme papier avec reliure.
J’arrange ça comme ça fait mon affaire, dans ma tête : je me dis qu’avec le Covid-19, le seul domaine d’affaires qui va être avantagé est celui de l’édition, en ce sens que les gens confinés à la maison vont peut-être choisir de lire pour s’occuper. J’exclus bien entendu tous les aspects qui précèdent la présence du livre dans les mains du lecteur, dans sa maison, à savoir l’impression en usine et la distribution et l’expédition qui toutes sont effectuées par des gens qui seront eux aussi confinés.
Chouchou m’a écrit que dans son université à Strasbourg il y a eu un cas de Covid-19, au campus même où elle a fait ses cours. Elle n’y est pas ce semestre, faisant un stage à l’hôpital universitaire, mais je ne pense pas que l’hôpital soit un meilleur endroit à fréquenter dans ce contexte…
Hier, il s’est produit quelque chose de particulier qui m’a plu. J’étais en train d’écrire quand j’ai regardé l’heure. Il était midi et demi. Je pensais qu’il était dix heures dix. Plus tard, j’ai aussi regardé l’heure alors que j’étais en train d’écrire encore, il était quinze heures trente, je pensais qu’il était disons dix heures onze. Je n’ai pas vu le temps passer.
Ça me plaît de replonger dans mon passé, avec le recul je le perçois doux et enveloppant, je le caresse tendrement, en regrettant ne pas m’être laissée caresser autant que je l’aurais pu. Tous les éléments étaient en place pour que je sois enveloppée et pour que je me vive confortablement, or je ne vivais confortablement que par intermittence, préférant, bonne soldate, aller me frotter aux adversités de la vie les plus de trois-quarts du temps.
Je me demande combien de fois à ce jour j’ai lu ne serait-ce que mon premier chapitre. Au moins cinquante. Combien de fois j’ai lu un chapitre qui était lourd comme un tank de guerre dans lequel je tente de décrire certains aspects de ma petite enfance ? Plus de cinquante fois. À chaque relecture, je trouve un défaut, une incohérence, un petit accrochage dans le rythme.
Cela fait en sorte qu’écrire mon texte de blogue est une détente, j’écris comme ça vient et je corrige assez peu, l’élan est beaucoup moins contrarié qu’au fil de l’écriture de mon récit autobiographique. C’est ça le défi, en fin de compte, faire en sorte que l’élan demeure perceptible malgré les contrariétés nombreuses. Le même phénomène se retrouve partout, cela étant, je pense par exemple à une interface logicielle qui doit être facile à utiliser pour le consommateur, et qui est néanmoins supportée par du code informatique complexe.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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