Jour 245

mauve-peinture-abstraite

Mauve, peinture abstraite trouvée sur le web.

Seigneur ! Le père de Denauzier a certainement quelque chose à nous dire qu’on ne comprend pas, alors il s’y prend comme il peut pour multiplier ses messages : cette nuit, il a fait fonctionner la ventilation de la cuisinière. J’avais raison de craindre qu’il se mette à se manifester à toute heure ! Comme il n’a pas suivi l’évolution des technologies, il a été capable de la démarrer, mais pas de l’arrêter. Mon mari a été obligé de se lever pour mettre fin au vacarme. Il est possible que Mia la chatonne se soit promenée sur la plaque de vitrocéramique, cela dit. Elle saute partout, sur toutes les surfaces accessibles.
Au moment où mon mari s’est levé pour mettre fin au vacarme, à quatre heures du matin, je rêvais que je me retrouvais dans une pièce assez petite mais somme toute charmante, peut-être un peu sombre, et qu’en levant le regard je découvrais une belle plante dans les teintes de mauve, ou violet, garnie d’une grappe de petites fleurs blanc cassé. Elle était belle et semblait vigoureuse.
– D’où vient cette plante ?, demandais-je à la personne qui me faisait visiter mon nouveau milieu de vie.
– De Bill, tu le sais bien, il te l’a offerte lors de ton séjour à l’hôpital ?
– Ah bon ? Je ne m’en rappelle pas vraiment…
Bill, c’est mon ancien voisin à Montréal, un monsieur qui n’aime pas tellement les francophones. Il a déjà dirigé son jet d’eau dans mon visage –il était en train d’arroser ses fleurs– en prétendant que c’était par accident, parce qu’il voulait éloigner, sans me mouiller, des moustiques qui me tournaient autour…
Le violet est associé, d’après les sources que j’ai consultées, à l’univers du rêve. Malgré son caractère tranchant, il évoque la douceur, la quiétude.
Le mauve peut être perçu comme la couleur de la gaieté, de l’enthousiasme, mais aussi comme une représentation de la solitude, de l’inadaptation.
Le nouvel appartement que je visitais –avec une personne qui m’était étrangère– pourrait-il représenter l’univers que j’essaie de revisiter quelque quarante-cinq ans plus tard ? Il était sombre, mais à force de le visiter et de m’y déployer, il s’y glissera peut-être de la lumière ? Surtout que la belle plante de l’affreux Bill en a besoin ?! Il n’est pas affreux, en fait, plutôt excessivement prévisible. Je n’avais pas sourcillé, la fois qu’il m’avait aspergée.
Je me sens très seule, tentant d’écrire mon récit de vie, même si je suis habitée par les gens qui ont traversé mon passé.
Je me sentais définitivement inadaptée quand j’étais enfant et adolescente.
L’hôpital pourrait provenir de ma lecture, hier soir au lit, toujours la Cérémonie. Jean-Paul Sartre y est mort d’une urémie. Il était, aux dires de Simone, un homme gai, très enthousiaste, toujours en mouvement vers l’avant.
La personne étrangère qui me fait visiter l’appartement ? Est-ce moi ? Explorant mon propre univers ? Un univers étranger parce qu’en quarante-cinq ans on change tellement qu’on est décontenancé par ce qu’on a été, quand on s’y confronte ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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