Jour 246

Le père de Denauzier est venu nous visiter ce matin. Il a appuyé sur la sonnette, à la porte du garage, qui s’est mise à sonner sans arrêt. Quand on est fantôme et qu’on appuie ainsi sur une sonnette, elle n’arrête pas d’elle-même. Il faut prouver au fantôme qu’on est plus rusé que lui. Ne sachant que faire, mais voulant me montrer plus rusée, j’ai pensé à ma radio, dans ma voiture. Quand je veux qu’une chaîne soit enregistrée parmi mes préférées, j’appuie quelques secondes sur un bouton. Il se produit un Bip prolongé qui me fait savoir que la chaîne est dorénavant associée à ce bouton. J’ai fait pareil, j’ai appuyé longuement sur le bouton de la sonnette et elle s’est arrêtée.
– Qui était-ce ?, a demandé mon mari.
– Personne.
Comme il était au téléphone il n’a pas posé d’autre question.
– Que voulait nous dire ton père ?, ai-je demandé plus tard à mon mari pendant qu’on dînait, après lui avoir exposé que c’est lui qui avait sonné
– Que je vais bientôt gagner à la loto, a-t-il répondu.
– Combien ? Est-ce qu’il l’a dit ?
– Non, mais s’il a pris la peine de me l’annoncer, c’est que le montant est important.
– Hum, il aurait fallu que la sonnette sonne pas mal plus longtemps pour un montant important… Ça doit être un message moins hors du commun, peut-être juste un coucou parce qu’il passait dans les environs ?
– À ce compte-là, la sonnette se ferait aller pas mal plus souvent…
– Tu as raison. Tant que ça se produit de jour, ça va toujours, mais si ça devait se produire aussi la nuit… il me semble qu’on se lasserait vite de ses visites ? Ce serait dommage.
– Un fantôme a peur des sonnettes, cela me revient !, s’est exclamé mon mari. C’est un phénomène bien documenté sur les sites qui s’intéressent aux activités paranormales, si jamais tu veux vérifier…
– Je te crois. Tu veux dire que ce ne serait pas lui, alors, qui aurait sonné ?
– S’il l’a fait, c’est peut-être que quelqu’un l’a forcé…, a suggéré Denauzier.
– Ça devient mystérieux, ai-je répondu en manière de conclusion.
Silence entre mon mari et moi.
Je me suis mise à me demander qu’est-ce que j’aimerais me faire annoncer par un tel coup de sonnette. Contrairement à mon mari, gagner à la loto ne me viendrait même pas à l’idée. Mes désirs tournent toujours autour des mêmes trucs égoïstes : que mes créations soient abouties, remarquées, réussies. Aujourd’hui, je n’étais pas en forme. Je me suis réveillée tard, à 10:30, et j’ai encore dormi en après-midi. Je suis restée en pyjama toute la journée. Dans ce temps-là, c’est plus difficile de croire en mes projets. En outre, la structure sur laquelle j’appuie mon récit est en train de se transformer en casse-tête. Je veux tout y faire entrer, même les parties qui n’y sont pas les bienvenues. Et je n’ai pas à ma portée les livres d’Éric Plamondon pour vérifier comment il fait, lui, pour s’en sortir. Il y a des journées comme ça, plus éprouvantes que d’autres.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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