Jour 248

20ansBien que sœurs, Bibi et moi sommes très différentes. Comme beaucoup de sœurs, finalement. Encore hier, qui était le jour de son anniversaire, je me suis fait cette réflexion.
– J’ai hâte à l’an prochain, me disait-elle au téléphone, j’aurai 65 ans, je vais cesser de travailler.
Je peux comprendre l’aspect cesser de travailler, je suis la première à avoir terminé assez tôt, à 56 ans, mais je n’ai pas hâte à l’an prochain qui me donnera un an de plus ! Je voudrais rester jeune, non pas tant pour l’aspect esthétique que pour jouir de la vie pleinement. Sur les plans affectif et cognitif, même si je cherche davantage mes mots qu’à une époque qui m’a vue ne jamais les chercher, je me sens jeune. Je dirais qu’à l’intérieur de moi je suis âgée de seize ans. Pour honorer ce bel et jeune âge, plein d’élan, il est important que mon enveloppe corporelle soit le plus possible épargnée par les ennuis de santé. Or, plus j’avance en âge, plus les ennuis occupent une position élevée dans le graphique des probabilités !
Comme je racontais à Bibi, en échangeant nos dernières nouvelles, que j’avais les poignets enflés pour être tombée dans la cour sur mes deux fesses, mais aussi sur mes deux poignets en position de flexion, Bibi a poursuivi :
– À notre âge, il faut prendre son temps, et être prudent.
Je suis moins zen qu’elle. Je n’aime pas accorder du temps à des gestes préventifs. Ça ne me tentera jamais de couvrir mes bottes de crampons pour aller jeter les ordures dans la poubelle. Je vais probablement le faire, du moins je l’espère, les journées que le couvert neigeux sera glacé par en-dessous, mais ce sera en ayant hâte d’avoir accompli cette tâche que l’utilisation des crampons va d’autant alourdir. Il ne faudra pas juste mettre les crampons, mais surtout penser de les mettre. Et quand la petite voix intérieure va suggérer de les mettre, il ne faudra pas l’envoyer promener, il faudra l’écouter. Ça devient une nouvelle manière de vivre, veux veux pas.
J’arrive d’être allée voir le médecin pour vérifier que mes poignets n’ont pas besoin de radiographies. Ils étaient pas mal enflés hier soir, mais ce matin il m’a semblé qu’ils allaient déjà mieux. J’ai patienté une petite demi-heure dans la salle d’attente pendant laquelle j’ai lu La cérémonie des adieux, j’y reviendrai peut-être demain.
– Je vous félicite, m’a dit le médecin –qui est une femme–, vous avez une bonne ossature. Vous auriez pu vous casser les poignets, être tombée comme vous me le décrivez. Reposez-vous encore quelques semaines, vous avez peut-être été surmenée ces derniers temps. Lorsque des événements s’accumulent comme ce fut votre cas, un rhume qui n’en finit plus, une laryngite, une extinction de voix, et maintenant les poignets, c’est le signe que votre corps veut rester tranquille un moment. Vous savez, on n’a plus vingt ans, a-t-elle conclu –en s’incluant pour que le message passe plus facilement !
J’ai bu ses paroles me prescrivant un temps d’arrêt comme si elles étaient le plus exquis élixir –de jouvence !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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