Jour 250

dossiers

Ça c’était ce matin. En ce moment, les dossiers sont ouverts les uns sur les autres et les feuilles éparpillées ici et là. Tout ce qui est antérieur à 2015 a pris le bord du bac de récupération.

J’ai déjà écrit dans ces illustres textes qu’un important travail de classement était à faire dans mes dossiers, dans mes chemises suspendues. Voilà, on le voit sur la photo, je suis en plein là-dedans. J’y ai travaillé cet après-midi, en même temps que mon frère Les pattes et mon mari installaient le nouveau lave-vaisselle KitchenAid. Je suis agréablement surprise qu’on ne se le soit pas fait voler. Pour une raison hors de notre volonté, il a passé une semaine, bien à la vue, dans la boîte du camion et, pire, une nuit complète dans le stationnement d’un endroit particulièrement fréquenté. La vie commence à reprendre tranquillement son cours normal. Je n’ai plus de lames dans la gorge. J’ai fait une croustade aux pommes quand les hommes ont eu fini d’occuper la cuisine. J’ai fait le nécessaire pour le souper, tout cela sans que mes jambes appellent un repos en se mettant à trembler.
J’ai lu mon récit de vie, ce matin au réveil, avec découragement. Pas si facile de noircir 150 pages intéressantes. Le thème que j’avais envie d’exploiter au départ ne m’intéresse plus du tout. Il m’a glissé entre les doigts. Je vais quand même m’y mettre, mais c’est moyennant un effort, une cuiller à la fois, encore et toujours, et non dans un jet radieux d’inspiration intense qui ne veut plus s’interrompre et force l’écrivain à écrire jour et nuit ! Il semblerait que c’est dans cet état que Roger Lemelin a écrit Les Plouffe, d’après une entrevue que j’ai captée –il y a longtemps– à la télévision. Il semblerait aussi que c’est dans cet état de quasi transe que Nancy Huston aurait écrit Lignes de faille —que j’ai lu d’un coup tellement c’est captivant. Il faut que j’accepte, encore et toujours, je me répète, mes petites capacités. Quand il n’est encore question que de sortir les ingrédients sur le comptoir, je me perçois capable et même proche du but, mais, une fois les mains dans la pâte, je me rends compte que maintes difficultés se cachent dans mon grand bol à pâtisserie, des difficultés que je n’avais pas soupçonnées, alors que ça fait tant d’années que j’écris, mais que j’écris, je dois le reconnaître, essentiellement dans la marge.
En fait, je suis mue par des rêves de grandeur, des rêves auxquels je crois et pour lesquels je m’attelle solidement, fermement. Une fois ainsi attelée, il n’est pas question que j’abandonne, je donne tout ce que je peux. J’obtiens en bout de ligne non pas un champ de maïs bien fourni, haut d’un bon sept pieds, cultivé avec la technologie la plus récente, mais une rangée seulement d’épis secs, faiblards, d’épis qui font de leur mieux, qui font ce qu’ils peuvent, qui résistent, qui croient tant bien que mal en leur chance d’y arriver. D’arriver où, en fait ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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