Jours 267 et 266

Thèse

L’épine de ma thèse. Curieux qu’il n’y soit pas gravé le titre : Lucidité et ludicité dans Rosita, Rose, Rosa.

Je pourrais me donner des chances et m’en tenir à 250 mots par texte, au lieu de 500. Je n’aurais pas publié quatre textes hier, mais huit ! J’arriverais plus vite au texte 221, qui est le dernier à paraître dans ma neuvième année de blogue. Je commencerais ainsi plus vite mon projet autobiographique, sur lequel je travaillerais en attendant de reprendre la publication d’un texte par jour sur mon blogue, le 1er mai 2020. Je pourrais même, si l’autobiographie va bon train, repousser au 1er juin, voire au 1er juillet, la reprise du blogue… Après tout, c’est moi qui décide, j’arrange ça comme je veux, je suis le boss de mon blogue ! Mais non, je maintiens la difficulté jusqu’au bout. Je n’assouplis pas la rigidité de mes propres règles. À certains égards, je suis une dure à cuire.
– Ce n’est pas tout le monde, maman, qui aurait marché comme tu l’as fait entre la gare Montparnasse et le Quai de Bercy, m’a dit Emmanuelle.
– Tu penses ? Il me semble que c’était l’option la plus simple.
– J’en suis certaine. La plupart des gens auraient pris un taxi.
– C’est à cause de la télévision et des articles des journaux que je n’ai pas fait ce choix. On parlait de 55 km de long de bouchon, en Île-de-France. J’en ai déduit que les taxis ne seraient pas capables d’avancer…
– Mais tu as dû constater, en cours de trajet pour te rendre à Bercy, que la circulation était à peu près normale ?
– J’imagine que oui, au bout d’un moment. Dans la première heure  j’étais trop excitée d’être à Paris pour réfléchir posément. Et ma décision était prise, de toute façon, j’allais marcher, alors je ne me suis plus posé de questions !
– Mais tu en as posé aux passants pour vérifier que tu étais dans la bonne direction !, a répliqué ma fille, dans le vague sous-entendu que je n’ai pas le sens de l’orientation et que je ne sais à peu près pas lire le plan d’une ville.
– Exact. C’était amusant. Ils me disaient tous de prendre un taxi ! Et ils étaient super polis, avenants. Et puis, c’est toujours pareil, ce genre de situation : plus j’avançais, moins je trouvais que ça valait la peine de prendre un taxi. Plus je marchais, plus le ciel gris annonçait de la pluie, alors plus je marchais vite. Et plus je marchais vite, plus j’avais l’impression de me rapprocher de Bercy !
Devant cette logique implacable, Emmanuelle n’a rien ajouté.
Après avoir fait référence à ma thèse de doctorat, dans un des quatre textes d’hier, j’ai eu envie de vérifier si elle traînait encore dans ma bibliothèque. Je savais que je l’avais toujours en ma possession, mais je me demandais où elle se trouvait, dans la bibliothèque du haut, ou dans celle du bas, au sous-sol ? Elle se tient tranquille dans celle du haut, dans mon bureau. Elle a été publiée en 1990, il y a presque trente ans. J’ai dû la feuilleter deux fois en trente ans, deux secondes chaque fois. Jacques-Yvan l’a feuilletée aussi, sans jamais m’en reparler. Une connaissance qui cherchait un prétexte pour me draguer me l’a empruntée et remise un mois plus tard en me disant que c’était intéressant, mais qu’il faut être un peu au fait des théories littéraires pour s’y retrouver. Une amie me l’a remise aussi, après l’avoir gardée un petit moment. J’aurais pu tenter d’échanger sur le sujet avec ces gens, mais je ne l’ai pas fait, j’avais peur de leurs verdicts.
– Tiens, me suis-je dit en allant m’asseoir à côté de mon mari, sur le canapé, je vais aller en lire quelques pages.
Le souper était en train de réchauffer sur la cuisinière, nous étions à l’heure du battement entre la fin de l’après-midi et le début de la soirée, un moment que j’aime et qui me voit souvent siroter un verre de vin blanc.
J’en ai lu l’introduction courte, l’introduction longue, et une quinzaine de pages de la partie fiction. J’ai été incroyablement surprise, moi qui en avais gardé un mauvais souvenir, j’ai trouvé que le texte était mignon comme tout ! Je fais preuve d’une naïveté sans borne, d’une ingénuité sans limite ! Dans la partie de l’essai, qui se décline sous la forme d’une interview, je joue le rôle d’une romancière qui répond aux questions d’un jeune critique, que je désigne par les lettres J. pour jeune, et C. pour critique. L’échange se fait donc entre L.L. et J.C. En tant que romancière, je fais référence à mon premier texte de fiction –qui n’est nul autre que mon mémoire de maîtrise, qui a été lu par douze personnes, gros maximum. Mon deuxième roman est celui qui fait partie de ma thèse de doctorat. J’aborde même la question du troisième, encore en gestation… Je me vivais dans un univers littéraire, à cette époque de ma vie, il n’y a pas à dire. Je m’explique mieux maintenant pourquoi il m’a été si difficile de m’adapter au monde du travail, qui m’attendait –mais je ne m’en rendais pas compte– dans le détour ! C’est probablement la thèse de doctorat de l’Université Laval la plus personnelle, la moins prétentieuse, la moins sérieuse.
C’est curieux parce que dans L’aube à Birkenau, que je suis sur le point de finir, on retrouve ce même jeu d’alternance entre les propos de Simone, puis ceux de Denise, puis ceux de Paul… autant de proches qui ont aussi vécu les camps de concentration. Ils se prêtent au jeu du journaliste, David Teboul, qui leur montre des photos.
– Tiens, je portais encore des nattes, commente Simone à propos d’une photo d’elle.
– Donc la photo a été prise avant 1943, lui dit Denise, car à notre entrée en camp on s’est fait raser.
En d’autres mots, je détecte des ressemblances entre ce livre et ma thèse. Une différence majeure aussi : on se bute sur une quantité impressionnante du livre dès l’entrée dans la FNAC. Notre regard est tout de suite happé par le nom de Simone Veil qui apparaît en gros sur la couverture –alors que ce n’est pas elle l’auteure. Parallèlement, personne ne sait que ma thèse traîne quelque part à la bibliothèque de l’Université Laval, et peut-être même qu’elle n’existe plus en format papier, mais seulement en numérique…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

9 réponses à Jours 267 et 266

  1. Jacques dit :

    Dans une de tes très anciennes pages de ton site web Badouz, j’avais fait quelques allusions sournoises (en commentaire) à des passages de ta thèse… mais tu ne l’as pas remarqué. J’en avais été un peu attristé. J’avais emprunté quelques bouts de phrases, quelques noms tirés de la thèse…

    Je suis heureux que tu l’aies bien conservée. Ça représente un gros morceau d’expérience de vie.

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    • Badouz dit :

      Mon cher Jacques, je suis désolée de n’avoir rien remarqué. As-tu eu accès à ma thèse, si oui comment ? Je me méfie toujours avec toi, je te sais tellement sensible et tellement intelligent, je me demande à chacun de nos échanges s’il n’y a pas un sous-entendu, un clin d’oeil que je ne décode pas… Je comprends aujourd’hui, une fois de plus, que je fais bien de me méfier, mais ça ne m’aide pas davantage à décoder ! Tu as affaire à une matante qui ne comprend rien !!!

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      • Jacques dit :

        Une matante qui ne comprend rien??? Là, c’est moi qui ne comprend pas.
        Oui, j’ai empruntée ta thèse pour la lire. C’était un peu déroutant pour moi. Les thèses dans les domaines autres que les sciences peuvent avoir souvent des structures très inhabituelles; c’était le cas de la tienne. J’étais un peu perdu. Si tu veux, je peux peut-être retrouver le jour exact où j’ai glissé mes commentaires taquins dans tes pages. Je devrai d’abord vérifier la date à laquelle j’ai lu ta thèse. J’ai quelques notes sur ça quelque part…

        Si je trouve, je reviendrai te l’indiquer ici, sur cette page.

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          • Jacques dit :

            Je l’avais empruntée jusqu’au 7 août 2013. Mais je ne sais pas encore quand j’ai fait ces commentaires sur WP. Je cherche des indices dans mon ordi. Il doit y en avoir beaucoup.

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          • Jacques dit :

            Je ne suis plus certain d’avoir mis ces commentaires dans Badouz. Je te les ai peut-être envoyés plutôt par courriel(s?). L’un d’eux pourrait être un courriel du 22 août 2013, où je citais, il me semble, un petit extrait. Mais j’ai un souvenir vague d’autre chose.

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          • Jacques dit :

            Dans mon courriel d’aout 2013 (et non pas sur ta page Badouz … mais je l’ai peut-être fait aussi, autrement) je reprenais une phrase de toi tirée de la page 119 de ta thèse, où Madame Ortais et son jeune ami ado taquinaient ainsi un chat: « Mon lapinou, mon chat roux, mon frisou… ». Je voulais juste que tu réalises que j’avais lu ta thèse, et j’aimais ces petits mots doux sortis de ton esprit. Mais rédiger une thèse c’est très long, et il y a beaucoup de texte, surtout dans une thèse littéraire. Alors c’est bien normal que mon emprunt ne t’ait pas fait réagir. J’imagine qu’en plus tu avais bien des choses beaucoup plus importantes en tête (voyage, etc..). Si tu n’as plus le courriel, alors tu n’as plus la preuve du geste. J’invente peut-être tout ça…!

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