Jour 268

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Fermée comme une huître sur un arbre perchée…

C’est donc ça. J’ai peur d’écrire un texte qui va manquer de structure, qui va s’étouffer, s’emmêler sur lui-même, dans lequel je n’arriverai pas à me retrouver. C’est un des avantages d’avancer en âge : je me connais mieux, je sais dans quels pièges je peux tomber, je sais quelles sont les embûches qui m’attendent dans le tournant ! Le texte de fiction de ma thèse de doctorat, par exemple, est tellement compliqué qu’on s’y perd avant même d’avoir atteint la page vingt. C’est l’histoire d’une mise en abyme qui rencontre une mise en abyme, qui en rencontre une autre… Ou encore, les nouvelles que j’ai voulu écrire après avoir été publiée aux Herbes rouges en 1994, sont elles aussi victimes d’une complexité qui ne donne rien, de croisements supposément intertextuels qui auraient requis une meilleure maîtrise technique, de la part de l’auteure, pour être compréhensibles.
Chamonix fut l’hôte, le temps d’un week-end, de notre amie Benoite accompagnée de sa fille Blandine. Les deux dames se rendaient chez Violette, qui habite, on le comprend, à Chamonix. Violette étant la fille de Blandine. Je prends la peine de le préciser, parce qu’avec toutes ces lignes que je publie en peu de jours, il est certainement facile de ne plus savoir qui est qui. Arrivent nos deux littéraires, heureuses de passer du temps avec l’une sa fille, et l’autre sa petite-fille. Or, Violette est de mauvais poil. Elle passe presque tout le week-end sans ouvrir la bouche. Puis, alors que les deux visiteuses sont sur le point de la quitter, le dimanche, elle y va de sa réplique perfide :
– C’est super, maman, on ne s’est pas chicanées !
Ouille !
J’ai fait pareil, étant jeune, plus d’une fois. J’avais de bonnes raisons d’être perturbée et de me comporter de manière chaotique, mais je sentais néanmoins qu’il aurait suffi de presque rien, d’un effort de rien du tout, pour que je me remette d’aplomb. C’est par pur orgueil que je ne me laissais pas basculer du côté de ce presque rien. J’avais installé le scénario de la crisette ? Alors je devais le maintenir. Ne pas l’avoir maintenu, il aurait fallu, en prime, que je m’excuse auprès des gens qui m’avaient vue fermée comme une huître, avec un air de bœuf ! J’en étais incapable.
Je m’en veux, encore aujourd’hui, d’avoir agi ainsi. Il m’arrive, étant par exemple en train de cuisiner, et me remémorant un de ces fulgurants exploits de ma vie en tournant ma cuiller de bois dans la casserole, de prononcer tout fort :
– Oh non ! Au secours !
Je me demande, par conséquent, si Violette se considérait normale, si elle se laissait mener par ses sautes d’humeur sans se poser de question, sans se remettre en question, ou si elle s’en voulait –comme moi– d’avoir mal agi. Pas tant d’avoir mal agi, en fait, mais d’avoir agi de façon chaotique, déstabilisante, malade, si on peut dire.
Mais peu importe, elle est morte, laissons-la tranquille.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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