Jour 264

Mia

Apercevez-vous le dessus de sa tête, entre la fenêtre et les hoyas ? Elle vient s’installer là pour me tenir compagnie. 

J’ai eu une petite faiblesse en fin d’après-midi, alors plutôt que de m’installer pour lire L’aube à Birkenau, à côté de mon mari, je me suis étendue, la tête à une extrémité du canapé, sur un oreiller, et les pieds à l’autre extrémité, déposés sur les cuisses de Denauzier. J’ai presque dormi, une couverture me tenant au chaud, même si le foyer dégageait de belles flammes. La chatonne allait et venait. Depuis quelques jours, elle emprunte une nouvelle manière de se joindre à nous. Une manière très originale qui fait montre du plus grand sans-gêne. Elle saute sur le dossier du canapé, à un ou deux pouces de la tête de mon mari. De là, elle descend sur lui allègrement, en déposant une première patte sur son épaule, et en enfonçant ses autres pattes dans l’épaisseur douillette de son abdomen. Elle reste là quelques secondes, en tournant la tête à droite, à gauche, en se demandant qu’est-ce qu’elle pourrait bien faire. Elle semble ne trouver rien de mieux que de s’installer sur la cuisse de Denauzier, en ronronnant. Quand je me suis assoupie, elle est venue se recroqueviller en boule tout près de mon visage. En d’autres mots, et en tenant compte d’un de mes textes d’hier, il ne manquait, pour que la famille soit complète, que le papa mi-esprit mi-fantôme de mon mari !
Mia la chatonne me connaît bien puisque nous avons vécu ensemble à Montréal. Quand j’arrivais du travail, elle venait occuper toute la place sur le tapis devant la porte et me forçait à la contourner si je voulais entrer. Bien entendu elle voulait des caresses, mais j’étais tellement fatiguée que je ne faisais pas l’effort de me pencher, et de la caresser en prononçant quelques mots. Je la contournais et j’allais déposer mes sacs d’épicerie, parce que j’en traînais toujours un ou deux, sur le comptoir de la cuisine. Je commençais à préparer le repas sans prendre la peine de respirer, parce que mon désir le plus cher était de prendre le temps de respirer une fois que je n’aurais plus rien à faire.
Elle était souvent seule à l’appartement, Emma étant à l’école, n’habitant avec moi qu’une semaine sur deux, à cette époque-là, et moi travaillant tout le temps. En somme, c’est la première fois de sa vie qu’elle est si bien entourée, d’une part de son maître Denauzier qui passe le plus clair de son temps à la maison, et d’autre part de sa maîtresse Lynda qui s’absente en France mais sur une base exceptionnelle.
Lorsque je vais me sentir un peu mieux, je projette de déneiger la grande galerie, devant la maison, pour qu’elle puisse aller respirer l’air frais sans sentir la neige sous ses pattes. En hiver, elle ne va jamais loin. Elle vient s’installer sur le bord de ma fenêtre, devant les mêmes hoyas mais cette fois du côté extérieur de la fenêtre, ou alors sur le bord de l’autre fenêtre, qui donne sur la salle de séjour où se tient mon mari. Dans un cas comme dans l’autre elle nous observe, puis, quand elle en a assez, elle nous dit avec ses mots à elle qu’il est temps d’aller lui ouvrir, et nous y allons.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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