Jours 271 et 270

AlbinMichel

Difficile à lire sur la devanture vitrée du commerce, aussi l’ai-je encerclé : Albin Michel, exposant la dernière parution de son auteure fétiche, Amélie Nothomb. Je traversais le quartier Denfert-Rochereau, le 17 décembre, en traînant ma grosse valise. P.S.: Je ne m’arrête pas pour boire, mais je peux m’arrêter pour prendre des photos !

Est-ce que c’est souhaitable, me remettre à la recherche d’un éditeur qui voudrait bien de moi, de mon manuscrit, du récit de ma vie ? À quoi ça sert d’être édité ? À avoir de la visibilité par le biais des médias, payés par la maison d’édition, et à avoir, très éventuellement, de la notoriété. À participer à des événements publics : Albin Michel m’envoie faire une séance de signatures au Salon du livre de Ouagadougou ! À recevoir des droits d’auteur, autour de 230$ par année ! À être lue par un bassin de lecteurs plus large que le mien actuellement sur mon blogue –très facile à battre ! À faire partie de la grande famille d’une maison d’édition, quoique l’encore plus grande famille des blogueurs sur Internet existe aussi, sauf que si je veux profiter d’une manière de publicité, je dois la payer de ma poche ! Tous les jours, sur Facebook et sur WordPress, je reçois des offres à cet effet.
N’est-ce pas retourner en arrière, n’est-ce pas me soumettre à un exercice qui va m’égratigner, un exercice qui n’a pas été vraiment concluant quand j’avais trente ans, et qui ne l’a pas été du tout au fil de mes quarante et cinquante ans ? N’est-ce pas m’amener à radoter encore les mêmes affaires auprès de mes lecteurs, et de moi-même, à savoir que je ne suis pas dotée du talent nécessaire, et que, globalement, je suis rejetée et incomprise par la société ?
J’ai réfléchi à tout ça hier soir au lit, avant de m’endormir, et après avoir lu quelques pages de L’aube à Birkenau.
D’abord, il ne faut pas oublier que j’adore écrire, c’est l’activité qui me définit par excellence. Je ne peux pas vivre ma vie sans être absorbée par un projet de fond, sans m’investir dans du long terme. J’ai besoin de me retrouver avec moi-même quelque part, et la bulle de l’écriture constitue un endroit parfait pour mes petites aptitudes. Ensuite, je profite de conditions excellentes pour écrire puisque je ne travaille plus, j’ai du temps, et à la maison je dispose d’un grand bureau, très éclairé, pour moi toute seule. En outre, mon mari ne demande pas mieux, que je sois avec lui à la maison à faire mes affaires, pendant qu’il fait les siennes.
Initialement, la pièce qui héberge mon bureau était la chambre à coucher des parents de Denauzier. Le père est décédé dans cette chambre, très jeune, à 57 ans, d’un cancer du pancréas. Parfois, mon mari a l’impression que son père revient visiter la maison. Après tout, c’est lui qui l’a construite. C’est arrivé récemment :
– Soit la chatonne a déboulé les escaliers la nuit dernière, m’a dit mon mari, soit mon père s’y est accroché les pieds en venant fureter d’un étage à l’autre.
– Ça m’arrive souvent d’entendre des bruits dans mon sommeil, ai-je suggéré, dans mes rêves.
– Je ne dormais pas, a répliqué Denauzier.
Ça me plaît que son père vienne nous visiter. Avec la chatte Mia, nous voilà quatre à habiter les lieux, qui pourraient en héberger facilement le double.
J’ai réfléchi, donc, à mon idée d’écrire, sur un mode un peu intensif, le récit de ma vie, et j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. Bien entendu, comme j’ai tendance à mettre la charrue avant les bœufs, à être irréductiblement idéaliste et bélier qui fonce dans le tas sans réfléchir, j’ai déjà un titre en tête, pour ce texte qui n’existe pas encore.
Le problème qui se pose est le suivant : mon blogue ! Je suis capable de lire deux trois livres en même temps, mais je passe moins facilement d’un projet d’écriture à un autre. Sur le plan professionnel, j’étais en masse capable d’attaquer plusieurs articles de front, quand je gagnais ma vie en tant que rédactrice à l’université, mais sur le plan personnel, plus émotionnel, je trouve ça difficile de me disperser.
C’est donc pour arriver plus vite à la fin de ma neuvième année d’écriture que je publie davantage ces derniers jours, profitant en cela de ma maladie qui me garde à la maison et me libère de mes bénévolats. Vive ma maladie, en fin de compte. Il faut dire que mon séjour de plus de trois semaines en France a entraîné du retard sur mon « échéancier », bien que je sois quand même un peu en avance sur ce dernier. Quel est-il, cet échéancier ? Encore cinquante textes à écrire avant le 1er mai 2020. Rendue là, j’aurai terminé la neuvième année de mon défi et j’entamerai la dixième et la dernière. Il est bien difficile, pour faire une histoire courte, de ne pas avoir envie de me « débarrasser » des cinquante textes qu’il me reste à écrire d’ici là, de manière à me ménager une plage de libre de quelques mois pour me lancer dans le récit de ma vie, avant de reprendre l’exercice quotidien du blogue au 1er mai 2020, et ce jusqu’au 1er mai 2021.
Une chose m’étonne, dans le livre de Blandine : elle fait référence aux nombreux affrontements qu’elle a connus avec sa mère Benoite, quand elle était elle-même adolescente, et elle fait référence aussi aux affrontements que sa fille Violette a vécus avec elle, Blandine, en tant que mère. Ça semble aller de soi, qu’on soit en guerre avec nos filles adolescentes, alors que dans mon cas je n’ai rien vécu de tel avec Emmanuelle. Je n’aurais pas voulu d’ailleurs qu’elle entame sa vie d’adulte en basant ses choix sur une approche simpliste de type « je fais le contraire de ma mère ». Je trouve que ça ne lui aurait pas rendu service. C’est facile d’opérer ses choix en « réaction à », et plus difficile d’opérer ses choix sous l’effet d’une aspiration, ne fut-elle que pressentie, dissimulée dans cette personne qu’on ne connaît pas tellement encore, quand on n’a que vingt ans…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jours 271 et 270

  1. Sylvie Dufour dit :

    bonjour. je voulais te dire que depuis longtemps je lis tout tes textes. j ai même lu tout les anciens texte que j ai pu trouver sur ton facebook. je suis même dans l attente de tout tes nouveaux textes. j ai beaucoup de plaisir a te lire. tu écris d une manière fascinante. tu devrais vraiment écrire ta biographie. Sois certaine que je l achèterais avec grand plaisir. Surtout lache pas et au plaisir de te lire.

    J’aime

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