Jour 269

Guillaume

L’église St-Guillaume m’a vue marcher seule à Strasbourg, cette fois-là à 17:10 comme l’indique l’horloge sous le clocher, mais c’est difficile à lire.

Si jamais je me lance dans l’aventure du récit de ma vie, je le devrai à mon séjour français. Non seulement ça, je le devrai plus précisément à mon séjour français des derniers moments, quand j’étais seule et Emmanuelle, elle, de retour en classe. Autrement dit, en trois jours –les 6, 7 et 8 janvier– la fève aurait germé ! Je ne pense pas que l’idée m’en serait venue ici, à St-Jean-de-Matha. Ni même à Montréal, avoir continué d’y habiter. Je me serais contentée d’écrire encore un an et demi sur mon blogue, sans chercher à explorer d’autres voies d’expression. Une telle affirmation peut en sous-tendre d’autres : on pourrait penser, par exemple, que je ne suis pas suffisamment habitée par le besoin d’écrire, de façon générale. C’est en allant m’épivarder dans le pays de la littérature que la pulsion créatrice se serait réveillée. Quoique… Anne Hébert et Jacques Poulin, pour ne nommer qu’eux, qui sont les seuls à se manifester à mon esprit en écrivant ces lignes, ont vécu en France eux aussi. Or, ils ont consacré leur vie à la littérature, ça doit bien vouloir dire qu’ils étaient habités par le besoin d’écrire, avant même de traverser l’Atlantique ! Anne est revenue au Québec, à Montréal, à la fin de sa vie, de reculons. Je le sais parce que j’ai lu En route et pas de sentiment !, de Michel Gosselin, un livre que l’auteur ne considère pas comme une biographie d’Anne Hébert, mais plutôt comme un récit des dernières années de sa vie, tiens tiens.
À partir de maintenant, je n’installerai plus l’adolescente Lynda dans mes textes quotidiens. Ça aussi, ça pourrait me disperser, me mélanger. Je vais la laisser assise là où elle est, au dernier pupitre de sa rangée au centre de la classe, en train d’enlever les punaises qui sont restées coincées dans son gras de fesse. La pauvre. Et le Jocelyn qui a un sourire en coin…
On pourrait se demander, puisque je suis en convalescence, que je n’ai pas envie de bouger et que l’idée de mon récit de vie est encore fraîche à mon esprit, pourquoi est-ce que je ne me lance pas tout de suite ? Je pourrais me fixer la routine suivante : j’écris les textes du blogue, disons deux le matin, et hop ! j’ai tout l’après-midi pour mon nouveau projet !? J’imagine que j’ai peur, que je suis paresseuse, que je suis rêveuse, et que tant que je ne fais que rêver à l’éventualité de cette publication –qui sera acceptée par une maison d’édition–, je me gave de pensées positives qui ne me confrontent pas encore à la réalité de l’effort. Ou encore, j’utilise l’idée de mon nouveau projet comme un pur prétexte, et rien d’autre, pour finir au plus vite ma neuvième année d’écriture. Quand arrivera par conséquent le moment de profiter du battement entre la fin de ma neuvième année, et le début de ma dixième, un battement de quelques mois qui me verrait noircir mon écran du récit de ma vie, je ne le noircirai pas, justement, ou alors je vais le noircir, mais ce sera tellement compliqué de s’y retrouver que j’abandonnerai avant même la mi-parcours !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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