Jour 296

090623marchand-paul-journaliste_6

Je lui trouve un visage de petit garçon. Photo appartenant à Radio-Canada.

Mince alors ! Mince de maudit bâtard ! L’amusement autour de la futilité oculaire aura été de courte durée, je me suis réveillée avec un œil infecté. Le gauche. J’en suis quitte pour me tourner vers autre chose qui me fera du bien. Je pense que ce sera la peinture aujourd’hui. Il faudrait d’ailleurs que je m’y mette sans tarder si je veux profiter de la belle lumière, car avec la neige reçue cette nuit nous n’avons pas d’électricité. Mon mari a démarré la génératrice tout à l’heure, grâce à laquelle nous avons pu vivre le rite matinal du café ! Pour un ensemble de raisons, dont la panne d’électricité, les chemins guère praticables et l’œil infecté, j’ai fait savoir à tantine que notre jeudi hebdomadaire sera cette semaine déplacé d’une journée. J’irai la voir demain.
J’ai fini la lecture de Pablo d’Ors en Abitibi et j’ai alors attaqué une plaquette de Paul M. Marchand que j’ai achetée il y a longtemps dans la collection des livres de poche et qui s’intitule J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, titre qui emprunte aux paroles d’une chanson de Jacques Brel, mais je ne sais pas laquelle. En quatrième de couverture  sont reproduits comme autant de teasers les commentaires élogieux de tel et tel critiques. Pour ma part, je n’ai pas été touchée par ce récit. J’ai lu le livre presque pour pouvoir dire qu’il était rayé de ma liste. Je suis une sans cœur et une dure à cuire.
Certains se souviendront de Paul Marchand, reporter à la télévision, à Sarajevo, du temps de la guerre en Bosnie-Herzégovine. Un grand mince qui semblait aussi à l’aise dans un pays en crise que dans sa baignoire le matin. En fait, un grand mince qui avait besoin de l’état de crise, qui carburait à l’adrénaline. Lorsqu’il s’est fait presque charcuter un bras par un sniper, il a cessé ses reportages.
Je l’ai croisé au Salon du livre, à Montréal, à la fin, je dirais, des années 90. Personne ne pouvait le rater avec son bras blessé retenu par une espèce d’arbalète. Il se tenait pas loin du kiosque de Lanctôt éditeur, qui le publiait, mais encore ici je ne saurais dire de quel roman il s’agissait. Sympathie pour le diable ? J’étais seule. Je m’étais arrêtée de déambuler dans le Salon pour me tenir en retrait, pas très loin, et l’observer. Je lui trouvais un visage de petit garçon ! Je ne pouvais pas croire que ce visage allât avec ce long corps d’homme! J’essayais de comprendre comment un reporter de guerre, auquel j’avais attribué dans mon esprit, à force de le voir si sûr de lui à la télévision, une vie parfaitement réussie, pouvait m’inspirer cet attendrissement maternel ! Je brûlais, bien sûr, d’envie de lui parler, surtout qu’il se tenait debout à attendre qu’il se passe quelque chose et qu’il ne se passait rien. Mais je me sentais inférieure avec ma petite vie de fonctionnaire universitaire. Qu’allais-je pouvoir dire d’intéressant à cet homme important ?
À la télévision, il était présenté comme étant Paul Marchand, mais il est connu en tant qu’auteur avec l’initiale M. : Paul M. Marchand. J’ai voulu savoir, par une recherche sur Google, quel était son deuxième prénom, ou nom. Je ne l’ai pas su en parcourant les quelques articles à son sujet, dans lesquels cependant j’ai découvert qu’il s’est suicidé en 2009, il avait 48 ans.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s