Jour 297

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Je plie mais ne romps pas, dit le roseau à son ami chêne.

Voici où j’en suis aujourd’hui, après avoir détaillé mes tourments hier. J’en suis à me laisser flotter d’une futilité à l’autre. Tout ou rien. Voilà comment je suis faite. La profondeur abyssale, noire, ou la voltige aérienne, multicolore comme un cerf-volant. Hum… je devrais y aller mollo avec les figures de style parce que ça peut se mettre à ressembler à la bipolarité… !
J’aime les futilités. À travers elles, je me sens vivante. Surtout, je ne me pose pas de question ! Voici un exemple de futilité qui me fait du bien.
Depuis hier, je porte des lentilles cornéennes. J’en ai déjà porté, il y a une dizaine d’années, ce n’est donc pas la première fois que j’opte pour cette formule. Cela dit, il y a une dizaine d’années, je travaillais et je souffrais de problèmes cardiaques non diagnostiqués, autant dire que j’étais en tout temps au bout de ma corde. Mettre mes lentilles, le matin, s’ajoutait aux tâches qui déjà me faisaient ployer. Par manque de temps, de concentration, d’attention, j’ai tout expérimenté : j’ai mis la lentille droite dans l’œil gauche, et inversement. J’ai mis la lentille droite, et la gauche, une par-dessus l’autre, dans le même œil. Je ne compte pas les fois où il m’a semblé mettre une lentille dans laquelle se trouvait un grain de sable et en être quitte pour devoir l’enlever. Il m’est aussi arrivé de mettre une lentille dans un seul œil, oubliant l’autre œil ce jour-là.
Maintenant que j’ai soixante ans, je compte faire attention et prendre mon temps. Je vais mettre en pratique, à cet égard, les enseignements que j’ai reçus de ma lecture récente, Biographie du silence, de Pablo d’Ors. Il s’agit d’un petit livre sur la méditation, sur la pleine conscience dans le moment présent, sur la rencontre bienveillante avec soi et tout le tralala. « Livre culte », est-il écrit en bandeau rouge sur la couverture, qui s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires en Espagne. Que j’ai beaucoup aimé.
Ce matin, je me suis assise devant notre gros miroir grossissant. J’ai commencé par inspecter ma peau, mes yeux, mes dents, mes cheveux. J’ai vite réalisé que mes ongles étaient trop longs et que je risquais de déchirer mes lentilles. Alors je suis allée les limer. En tout temps je porte les ongles courts. Quand je les lime, ils deviennent très courts. Quand je les trouve longs, ils sont quand même, aux yeux de la moyenne des gens, encore courts. Les ayant limés, je suis revenue devant le miroir. J’ai sorti la lentille droite de son étui, je l’ai déposée sur l’extrémité de mon index, et je l’ai placée sur mon œil sans aucune difficulté. J’ai fait la même chose avec la lentille gauche. Ensuite, je suis allée nettoyer mes paupières, mes cils, et pourquoi pas le visage entier, avec des tampons de ouate imbibés d’eau micellaire.
Ainsi équipée sur le plan oculaire, j’ai voulu écrire un texte avant que d’entreprendre quoi que ce soit d’autre, mais je ne voyais pas assez bien, alors je suis allée cuisiner. Je vais devoir investir dans des lunettes d’appoint pour la lecture et la vision de près, autrement dit.
La période de ma vie pendant laquelle je me suis inspectée devant le miroir, un café chaud juste comme il faut à mes côtés, pendant laquelle j’ai limé mes ongles, installé mes verres de contact et nettoyé ma peau, constitue un moment de repos, ou de ce que j’appelle futilité.
Je devrais lésiner moins sur la quantité de ces moments de qualité…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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