Jour 298

JPJcharlevoix

Le plasticien montréalais Jean-Paul Jérôme (1928-2004)

J’ai passé une bonne partie du voyage de retour de l’Abitibi, hier lundi, à nager dans la tonne d’informations auxquelles me donne accès mon téléphone cellulaire. J’avais le temps de nager en masse, nous avons roulé pendant presque neuf heures. Je cherchais des sites artistiques. J’en ai trouvé quelques-uns, à commencer par Artsy. Je suis tombée aussi sur Saatchi, un site que je connaissais déjà. J’ai parcouru plein d’autres publications, bien entendu, qui ont vite constitué une macédoine dans mon cerveau. Je serais bien en peine, aujourd’hui, d’en identifier ne serait-ce que deux ou trois. En cours de route, je veux dire la route pleine de détours de ma recherche sur le cellulaire, et non pas la route 117 qui nous voyait rouler, j’ai découvert le travail du plasticien Jean-Paul Jérôme.
– Je vais essayer de l’imiter, me suis-je dit en regardant ses toiles. Ça va être facile, ce ne sont que des masses arborant des couleurs vives.
– Il devait s’en donner à cœur joie, me suis-je dit aussi, quand il créait ses masses et en couvrait ses toiles.
J’étais tristounette cependant, fatiguée par le long week-end. Dans ce temps-là, je vois tout en noir. Je me déprécie au maximum. J’ai le sentiment d’avoir raté ma vie. Je me casse la tête à essayer de trouver ce qu’il aurait fallu que je rectifie pour ne pas aboutir au constat de l’avoir ratée. Dans ces moments qui me voient ne pas être au sommet de ma forme, c’est le moins qu’on puisse dire, je pense aux personnes qui souffrent de maladies mentales. Hier, je pensais à Florence K. qui a reçu il y a quelques années un diagnostic de maladie bipolaire.
Plus jeune, quand j’avais besoin de me sentir solidaire d’une personne souffrante, sur le plan mental, c’est Marie Cardinal qui venait à ma rescousse.
J’avais beau tenter d’oublier mes idées noires en consultant mon téléphone, les réalisations des peintres et autres artistes qui s’affichaient sur mon petit écran me faisaient réaliser, par le sempiternel phénomène de la comparaison, que je n’arrivais à la cheville de personne.
– Comment ça se fait que je n’arrive à la cheville de personne ?, me demandais-je.
– Et que j’ai pensé, pendant de nombreuses années, que j’allais tôt ou tard arriver quelque part ?
– Comment ai-je pu être à ce point présomptueuse et ne m’en être même pas rendu compte ?
– Comment ai-je pu me tromper à ce point ?, me disais-je encore.
– Est-ce parce que je suis rendue vieille que je réalise que j’étais autrefois présomptueuse ? Suis-je vieille ? Déjà ?
Finalement, je pense qu’il est préférable que je ne m’ouvre pas trop au travail des autres, quand je suis fatiguée, même si s’ouvrir au travail des autres constitue une source d’inspiration formidable en temps normal.
J'aime Il ressort quand même des choses positives de cet exercice de macédoine téléphonique. À force de laisser des cailloux blancs sur ma route, qui prennent en 2019 l’aspect d’un pouce auto-stoppeur sur le commentaire d’untel et la pensée d’unetelle, deux personnes, chères à mon cœur, se sont manifestées que j’avais perdues de vue.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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