Jour 299

BeauCostume

Chemise Lolë dénichée dans une friperie, robe tunique passe-partout, un « beau costume » selon papa.

Je pensais hier soir, dans le découragement inhérent à mes petites capacités artistiques, en lien avec le masque-tatouage-glané-dans-une-revue-de-montures-de-lunettes, ne pas écrire aujourd’hui. Mais l’envie d’entamer la deux centaines de mon décompte est plus forte que mon découragement. En plus, je désire transmettre à mes lecteurs un commentaire de papa.
J’arrive au 5e étage du CHSLD, je trouve papa à sa place habituelle dans le corridor, juste à côté de la porte que je viens d’ouvrir –je ne prends pas l’ascenseur mais les escaliers. Je me dirige vers lui, et je commence mon entrée en matière toujours de la même manière :
– Coucou papa !
Il me regarde, me reconnaît ou pas, et me demande invariablement si je vais l’amener dans ses appartements. Hier, papa m’a reconnue puisqu’il a répondu, en me regardant attentivement :
– C’est ma fille.
– Laquelle ?, ai-je demandé.
Il n’a pas précisé. Sans plus attendre, j’ai poussé son fauteuil roulant. C’est la même chose à chaque fois : on n’a pas atteint sa chambre que je me dépêche d’enlever mon manteau tellement j’ai chaud. Je le dépose, ainsi que mon sac, sur son lit. Hier j’ai fait ça, manteau et sac sur le lit. Or, découvrant comment j’étais habillée, papa a dit ceci :
– Tu as un beau costume.
Wow ! Ça remonte le moral. Je ne sais pas s’il a dit ça à cause des vêtements que je portais bel et bien, car il se plaint souvent de ne rien voir. Aurait-il dit la même chose à mon frère les Pattes qui serait venu le nourrir dans sa salopette de peintre ? Bonne question.
La dernière fois que papa a commenté une de mes tenues, avant la fois d’hier, c’était à l’occasion d’un souper de Noël, je l’ai déjà écrit, il y a plusieurs années. Il m’avait téléphoné le lendemain du souper pour me dire qu’il m’avait trouvée bien habillée ! Mon frère les Pattes, qui trouve que je suis les trois-quarts du temps habillée d’une manière étrange, avait interprété que papa me faisait passer le message que pour une fois, ce Noël-là, j’avais choisi non pas tant une belle tenue qu’une tenue appropriée.
Ce qu’il faut retenir, de toute façon, de mon babillage d’aujourd’hui, c’est que les mots doux, surtout s’ils sont exprimés consciemment –mais c’est presque impossible de savoir s’ils le sont ou pas–, constituent les derniers cadeaux précieux que papa est encore capable de nous offrir. Il m’importe de les consigner.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Une réponse à Jour 299

  1. Monique Coulombe dit :

    Chère Linda, toi qui est sensible ça doit pas être facile ces visites à ton père. Quelquefois oui et d’autres fois non. Je pense à toi et te souhaite de passer du bon temps. Monique Xxx

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s