Jour 306

annee-du-cochon-2019

Je suis plus précisément un cochon de terre. Une de mes qualités serait mon souci aiguisé de la ponctualité, moi qui suis tout le temps en retard !

Dès que je le peux la semaine prochaine, je vais m’attaquer à un problème important que j’endure depuis trop longtemps, celui de mes papiers mal rangés dans les chemises suspendues de mon classeur. Je vais y aller à fond : je vais sortir tout le contenu de mon classeur, l’étendre sur ma grande table, revoir les libellés de mes chemises et en profiter, s’il y a lieu, pour élaguer.
Ce problème de classement déficient prend racine dans mon manque de confiance en moi. Je suis visitée par un sentiment d’infériorité dès que je pénètre dans l’univers des chiffres. Le seul fait de réunir les documents requis pour la production de mes rapports d’impôt, par exemple, me semble être une tâche trop complexe pour mes capacités. S’ajoute à cela le jargon que je ne maîtrise pas, je confonds encore le débit et le crédit, pour ne nommer que ces deux mots-là.
Selon l’horoscope chinois, mon signe astrologique est le cochon, dont un des traits de caractère est d’être bonasse, de se faire avoir par excès de naïveté. C’est comme ça que je me sens effectivement, chair tendre qui fait saliver la dent gourmande du fournisseur, de l’entrepreneur. Au téléphone ou en personne, parlant avec l’un d’eux, je me demande, au lieu d’être attentive à ce que l’homme m’explique–parce que c’est un univers d’hommes que celui des élagages d’arbres, des conduites d’eau et d’égouts, des réfections de toiture–, si je ne suis pas en train de me faire avoir. Si je ne me suis pas mis moi-même la patte dans le piège. Ou pire, si je vais m’en rendre compte lorsque je vais la mettre, au détour de ma prochaine phrase !
À soixante ans, il n’est pas trop tard pour essayer de m’améliorer. Il va falloir tout d’abord que je commence par donner des noms qui ont de l’allure auxdites chemises du classeur. Par exemple, sur l’une d’elles j’ai marqué « Entretien maison ». Or, lorsque j’ai à ranger une facture qui a trait à la maison mais qui n’est pas de l’entretien, je ne sais déjà plus quoi faire. Je laisse la facture reposer sur une pile. La pile me fait signe que je dois m’occuper d’elle à chaque fois que je pénètre dans mon bureau. Et bien entendu je ne m’occupe pas d’elle.
Je pourrais donner des noms plus généraux à mes chemises. « Maison » serait déjà plus englobant que « Entretien maison ». Or, si la catégorie s’avère trop englobante, la chemise devient un fourre-tout et je mets dans « Maison » ce qui a trait aux électroménagers, au réservoir d’huile et à la thermopompe. Bien sûr, je pourrais créer une chemise pour chacun de nos fournisseurs. Mais certains fournisseurs ne sont sollicités qu’une fois par année, c’est le cas du remplissage de notre réservoir d’huile. Cela fait en sorte que ma chemise demeure plate comme une galette même au bout de dix ans. Qu’est-ce que j’ai contre les chemises plates comme une galette ? Je ne le sais pas.
Voilà où j’en suis ce vendredi 8 novembre. Mon ordinateur étant bombardé depuis quelque temps de messages publicitaires de tout acabit, je me rends le confier à notre réparateur et n’écrirai pas ces prochains jours.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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