Jour 322

ToileOct2019

Sans titre pour le moment.

J’ai voulu profiter de ma semaine seule à la maison pour entreprendre une nouvelle toile. Je ne peins pas l’été, car l’été je suis trop occupée à courir après le temps, alors quand je m’y remets à l’automne, c’est comme si je n’avais jamais peint de ma vie. Je n’ai plus de repères, je suis assaillie de questions, j’oublie que l’acte de peindre est affaire de plaisir et de laisser aller. Je m’empêche de toucher à mes pinceaux parce que je sais qu’il me faudra virailler dans tous les sens avant de trouver une direction à la première esquisse, et ce viraillage est de plus en plus épuisant, on dirait que mon système nerveux n’est plus capable de le supporter.
Je n’achète pas de nouvelles toiles depuis un certain temps, je peins par-dessus celles qui ne me plaisent plus. Cela dit, plutôt que de peindre sur une toile que je n’aime plus, cette semaine, j’ai entrepris de poursuivre une toile qui est suspendue dans la salle de bains, qui ne m’a valu aucune remarque depuis qu’elle est suspendue là, je dirais un bon six mois, et que je laissais ainsi accessible à ma vue dans l’idée de lui donner une forme satisfaisante un jour.
J’ai donc fait ça, décroché cette toile, et entrepris de la compléter en comblant, encore et toujours, les espaces, çà et là, qui n’étaient pas couverts de couleur, parce qu’il y en avait. Autrement dit, je me suis lancée dans l’accumulation des petites masses pour couvrir les endroits qui laissaient voir le canevas blanc de la toile. Quand je me lance dans les petites masses, ça peut prendre des jours de travail, voire des semaines.
J’ai peint avec du brun qui ne couvrait pas bien, alors j’y ai ajouté des pigments bruns secs. J’en ai trop mis et la couleur est devenue presque noire. Je ne voulais pas peindre en noir. J’ai créé une sorte de violet en mélangeant du rouge et du bleu. Et j’ai commencé à couvrir de violet les nombreux espaces blancs, la majorité étant de forme circulaire.
Au bout d’un moment, je me suis dit que je n’allais quand même pas passer l’hiver à peindre des billes insignifiantes avec du violet qui ne couvrait pas tellement bien lui non plus. Alors je suis allée chercher une spatule, j’ai versé sur ma toile le brun noir et le violet, et j’ai couvert avec des gestes amples le sujet qui ne m’avait valu aucun commentaire du temps que la toile était suspendue dans la salle de bains. Ensuite, j’ai ajouté du jaune et du rouge, et en dernier lieu du vert que j’ai étendu avec un chiffon humide.
Plus tard, j’ai décidé que j’allais couvrir la surface de lignes noires. J’étais en train de nourrir papa quand j’ai pensé aux lignes noires. Après l’avoir promené une dizaine de fois dans le long corridor en poussant son fauteuil roulant, j’ai décidé que c’en était assez, je suis partie, j’ai conduit jusqu’à la maison, et sitôt arrivée je me suis lancée dans les lignes noires.
Ça donne ce que ça donne, ci-dessus. Au moins, je ne commence pas ma saison dans une méticulosité excessive.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s