Jour 323

SueMontgomery

Sue Montgomery, mairesse de l’arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

J’aime le chiffre 23, il me fait penser à ma fille qui a 23 ans et qui est née le 23 août. C’est donc son année chanceuse, selon certaines superstitions, année qu’elle vit en France, à Strasbourg. C’est déjà pas si mal, ce lieu de résidence, pour favoriser l’épanouissement de la chance. Même s’il pleut pas mal là-bas en hiver, et même si le contexte pédagogique ne semble pas la stimuler autant que le contexte pédagogique qui était le sien à l’École Polytechnique.
– Il y a de nombreux cours théoriques, me dit-elle, qui sont incompréhensibles et qui n’en finissent plus, et qui ne sont d’aucun recours quand arrivent les rares plages de temps consacrées aux ateliers pratiques.
En outre, les examens se déclinent sous la forme d’exposés oraux dont elle n’a pas l’habitude. En outre, bis, il arrive qu’elle passe quatre ou cinq jours sans avoir de cours –les horaires changent chaque semaine– et cela crée une coupure dans l’esprit des études, ou alors il arrive qu’elle ait quatre cours incompréhensibles l’un à la suite de l’autre le même jour et que rendue au troisième –on taira ici ce qui se passe lors du quatrième–, elle ait plutôt tendance à dessiner des petits bonshommes sur ses feuilles de notes, qu’à écrire ce qu’elle comprend à peine.
Cela me rappelle les réunions que nous avions lorsque je travaillais à l’université, pendant lesquelles je dessinais non pas des bonshommes mais des espèces de feuillages dans la marge de mes feuilles lignées. Avoir le nez ainsi penché sur mon cahier de notes m’aidait à me concentrer. Lorsque je regarde une personne qui parle, en réunion ou ailleurs, je suis trop facilement happée par son langage non verbal. La même chose se produit à la télévision, lorsque l’écran diffuse l’image d’un commentateur en position statique qui explique quelque chose. Je vais remarquer tel mouvement imperceptible de l’épaule, tel froncement de sourcil droit, telle crispation de la mâchoire… autant de mouvements que je ne sais même pas interpréter mais auxquels, allez savoir pourquoi, je suis sensible.
Je me demande avec un certain effroi, en vieillissant, si cet intérêt chez moi pour des choses aussi simplissimes qu’un froncement ou une crispation, ne constitue pas un déplacement de mon attention qui trahirait mon inaptitude grandissante à comprendre : comprendre l’enjeu d’une situation X (abstrait), comprendre le fonctionnement d’un truc patente Y (concret) commencent à se résumer de plus en plus dans ma tête comme étant du pareil au même : trop compliqué !
Un peu dans le même ordre d’idées des feuillages, Sue Montgomery tricote pendant les réunions du Conseil municipal, elle aussi pour se concentrer plus facilement, dit-elle, et, par la bande, pour rendre compte du temps de parole en fonction du sexe. Elle tricote d’une couleur (bleu) quand c’est une femme qui a la parole, et d’une autre couleur (rouge) quand c’est un homme, et c’est la couleur de l’homme qui l’emporte. Pour ma part, je n’ai jamais attribué de deuxième sens à mes feuillages. Ils n’auront été que de l’encre gaspillée qui me tachait les mains.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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