Jour 335

Potiches

En Europe, je l’ai déjà écrit, il y a de l’art partout, ici dans la vitrine d’un antiquaire d’une petite ville de la Zélande.

En tout cas. J’ai fini par arriver à Montréal au terme de vingt-deux heures de trajet. Les amis avec lesquels j’ai parlé de mon aventure aérienne m’ont dit avoir vécu des situations similaires. L’amie avec laquelle j’ai placoté pendant quatre heures hier soir au restaurant, par exemple, a même dû dormir dans un Europarc de type Dysneyland où elle s’est fait conduire en autobus.
– As-tu dormi dans un petit lit simple ?, lui ai-je demandé.
– Non, c’était luxueux mais conçu pour des familles car le lit Queen réservé aux parents était attenant à des lits superposés.
– En 2007, avec Jacques-Yvan, nous avions dû dormir une nuit supplémentaire à Paris et nous nous étions retrouvés dans une chambre de cité universitaire équipée de deux lits simples ! Nous avions mangé des macaronis à l’huile et de la laitue cuite dans un réfectoire tristounet. Le lendemain, plutôt que d’avoir accès à un vol direct pour revenir à Montréal, on avait transité par Heathrow à Londres et ç’avait été une course contre la montre pour atteindre le comptoir d’Air Canada !
– C’est drôle parce qu’on dirait que c’est la partie, mon retour chaotique, que j’ai le plus de plaisir à raconter, quand on me demande comment fut mon voyage, m’a dit mon amie qui arrive de Berlin.
– Moi aussi ! En 2007, je me rappelle avoir été excitée comme une enfant, j’allais de découverte en découverte : d’abord on nous annonce que notre vol est annulé, ensuite qu’il n’y en a pas d’autre avant le lendemain, puis qu’on va aller dormir en banlieue quelque part, moyennant un trajet d’autobus… À l’époque, je pensais avoir vécu un cas d’exception.
– Ça fait quand même douze ans de ça, a calculé mon amie.
– Ça ne risque pas de s’améliorer parce que nous sommes de plus en plus nombreux à voyager…
Sentant que je risquais d’énoncer une théorie longpréenne selon laquelle les systèmes inventés par l’homme finissent par dépasser ce dernier, et que seule demeure en bout de parcours, à la dernière minute et au cas par cas, la solution de caser ailleurs tel passager sur tel autre avion et advienne que pourra, j’ai voulu introduire un autre sujet de conversation, mais ma copine m’a devancée.
– C’est aussi ce que tu as vécu, une annulation à la dernière minute, pour ta chirurgie, a-t-elle commencé.
– En effet. Après m’être fait parler de clapets, de valves et de tuyaux pendant cinq jours, on m’a donné mon congé !, ai-je répondu à la blague.
– C’est quand même cavalier comme manière de procéder, tu te prépares pour une opération majeure et pouf ! pas d’opération.
– Il y a des gens qui pensent qu’on ne vit rien pour rien. Dans cette perspective, je me demande à quoi m’aura servi ce séjour au CHUM… Si la maison avait brûlé en pleine nuit, admettons, je pourrais interpréter que ce séjour m’aurait sauvé la vie, n’ayant pas été à la maison cette même nuit… mais dans les circonstances je ne comprends pas trop.
– Bof !, a répondu mon amie, empruntant ici, sans le savoir, mon onomatopée fétiche.
– Tu as raison !, ai-je renchéri en soulevant mon verre de vin pour le faire tinter contre le sien.

 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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