Jour 342

JCartierArt

Vue très très très interprétée du Pont Jacques-Cartier, depuis ma fenêtre au huitième étage.

Je n’ai pas été opérée finalement.
Bien installée dans mon lit d’hôpital, en position assise car les lits d’hôpital se transforment pratiquement en fauteuils, j’ai accueilli dans ma chambre plusieurs cardiologues qui y allaient, chacun, de leur interprétation. La personne la moins sympathique au sein de mes visiteurs est entrée dans ma chambre en me disant tout de go que les cardiologues se rencontrent tous les mardis matins pour échanger quant à leurs cas.
– Nous avons vu les images de votre fluoroscopie, a dit cette personne, il y a de cela deux ou trois semaines. Elles étaient tellement mauvaises, Mme Longpré, qu’on avait du mal à les interpréter.
– Ah bon ?
– Vous savez que toutes les valves de carbone se couvrent de pannus ? C’est une réaction normale du corps humain en présence d’un corps étranger.
Je le savais déjà, à la suite d’une conversation que j’ai eue à Strasbourg avec ma fille et sa colocataire.
– En ce sens, que vous ne soyez pas opérée ne fait pas de vous une exception. Toutes les personnes portant un implant vivent avec ce problème.
Peu de temps après, un cardiologue romantique m’a abordée de la façon suivante :
– Mme Longpré, hier en quittant l’hôpital et en traversant le stationnement, je n’avais que votre cas en tête.
– Ah bon ?, ai-je répété.
– Vous savez que si vous étiez ma mère, je ne vous laisserais pas vous faire opérer ? On ne voit pas de trace de pannus sur votre valve, et les feuillets s’ouvrent parfaitement. Une telle opération devrait n’avoir lieu qu’en cas d’extrême nécessité. D’ailleurs, comment avez-vous traversé votre première opération en 2013 ?
J’ai constaté qu’il avait bien lu mon dossier puisqu’il se rappelait de l’année d’intervention.
– Cela s’est plutôt bien passé, ai-je répondu, mises à part les hallucinations causées par les drogues.
– Vous savez qu’il y a des risques d’infection grave qui peuvent survenir ?
– Oui, mais s’il fallait se freiner pour chaque éventualité de danger, on ne ferait pas grand-chose de nos vies !
Un troisième personnage, ensuite, me fit l’honneur de sa visite en ces termes :
– Mme Longpré, je ne suis pas un cardiologue chirurgien. Vous devez vous douter que les chirurgiens aiment opérer, alors que les non chirurgiens privilégient une approche prudente selon laquelle on opère le plus tard possible ?
– Où voulez-vous en venir ?
– Vous avez un peu de pannus sur la valve, mais rien de grave, et il est possible qu’il ne s’en développe pas davantage. Vous êtes une personne active, mince, encore jeune. Avec une bonne hygiène de vie, vous avez de fortes chances de ne jamais devoir repasser sous le bistouri.
– Qu’en pense le chirurgien qui voulait m’opérer ?, ai-je alors demandé.
– On lui a envoyé des textos, il est au courant que nous nous questionnons en ce moment. Il est à New York et devrait revenir dimanche soir.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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