Jour 343

DanyLaf343, ce sont les trois premiers chiffres de mon numéro de téléphone, du temps que je travaillais à l’université. Pour me joindre, on composait le 343-6111, suivi d’un numéro de poste.
343, ce n’est pas loin non plus du nombre de pages du livre de Dany Laferrière, Autoportrait de Paris avec chat. Des pages difficiles à lire parce que couvertes d’une écriture manuscrite inégale, comme on le voit ci-contre. J’ai lu le livre au CHUM, pendant mon séjour de ces cinq derniers jours. Je l’avais commencé à la maison au cours de l’été, puis délaissé. Certaines pages demandent à être lues à la verticale, d’autres à l’horizontale. Il faut alors tourner le livre, quand même assez lourd. Je ne sais pas comment je m’y prenais, mais à chaque fois que je passais du mode portrait au mode paysage, la partie inférieure de la reliure rigide venait s’appuyer sur ma jaquette, sur mon ventre, et c’était désagréable. Je devais en outre m’assurer que le livre n’accroche pas le tube de mon soluté relié à un cathéter qui s’enfonçait un peu trop dans ma peau, à la pliure du coude.
– Si je ne lis pas Laferrière dans les jours qui vont précéder ma chirurgie, pendant lesquels je n’aurai rien à faire, m’étais dit en préparant ma petite valise pour mon hospitalisation, je ne le lirai jamais.
Alors je l’ai apporté dans mes bagages et je l’ai lu. Je l’ai lu tant et si bien qu’à ma cousine qui m’a demandé si elle pouvait venir me rendre visite, j’ai répondu que je préférais finir mon livre ! Pardon cousine ! J’ai aussi apporté la biographie de Ferré, commencée il y a des lustres, et encore là j’ai fini le livre.
Fiou ! Deux briques de moins sur ma liste. Je vais essayer de choisir des livres qui comptent moins de pages dorénavant.
Je n’ai pas fait que lire, en attendant de passer sous le bistouri. J’ai aussi créé ma première liste Spotify sur mon téléphone, et, surtout, j’ai beaucoup pratiqué ma vitesse de frappe sur le minuscule clavier du même téléphone, en communiquant par Messenger avec l’un et l’autre de mes amis. À voir Emma taper comme une bonne en un temps record sur le sien, en n’utilisant que ses deux pouces, pendant nos deux semaines passées ensemble à Strasbourg, j’ai décidé que j’allais essayer de faire pareil.
Malheureusement, mon lit n’était pas orienté de manière à avoir vue sur le pont Jacques-Cartier, mais sur le poste des infirmiers de l’autre côté du corridor de ma chambre. Je séjournais à ce qu’on appelle l’USIC, l’Unité de soins intensifs cardiaques, située au 8eétage du Pavillon D. Jamais je n’ai vu de ma vie endroit peuplé d’autant de gens gentils, aimables, serviables, souriants. Jeunes. Beaucoup d’infirmiers et d’infirmières de nationalité française.
– N’hésitez pas Mme Longpré à nous faire signe. Nous sommes là pour ça.
Sur de tels encouragements, moult fois répétés, je suis allée jusqu’à demander si on voulait bien réchauffer mon café au four à micro-ondes, parce qu’il était arrivé très tiède sur mon plateau.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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