Jour 349

TempsArrêt

Bref et rare temps d’arrêt de nos deux fusées cette semaine au lac Miroir.

Je me demande comment ça se passe dans le grand ciel une fois qu’on est mort. Y a-t-il une vie après la mort ? Y a-t-il une vie céleste après celle terrienne ? Et dans cette possible vie, qui est-ce qu’on rencontre et comment ça se passe quand on rencontre ces qui est-ce que. La conversation que j’ai eue avec mon amie du lac Miroir m’amène à me poser ces questions. Elle m’a raconté ce qui est arrivé à une de ses amies, quelques jours après le décès de sa mère. Cette amie aurait demandé à sa mère agonisante de lui faire un signe qui lui permettrait de savoir si elle se trouvait désormais auprès de son mari, décédé bien avant elle.
– Fais-moi un signe, maman, lui a-t-elle dit. Un signe dans les teintes de rouge si tu as retrouvé papa, car tu sais à quel point j’aime cette couleur, qui était aussi la préférée de papa.
Or, moins d’une semaine après le décès, l’amie de mon amie était en train de cuisiner et voilà que son chat vient se frotter à ses tibias en tenant dans sa gueule une vieille poupée, de rouge vêtue, que l’amie croyait perdue pour l’avoir plusieurs fois cherchée en vain. Le premier mouvement de l’amie a été de féliciter le chat pour sa trouvaille et de se réjouir de n’avoir pas perdu la poupée. Elle est retournée à l’épluchage des pommes de terre, en réalisant du même coup qu’une masse rouge, toujours coincée dans la gueule du chat, occupait son champ de vision.
– Un signe rouge !, s’est-elle alors exclamée, réjouie et rassurée de savoir sa mère enfin heureuse auprès de l’homme de sa vie.
– Ça fait peur !, me suis-je à mon tour exclamée, à la fin de l’histoire que me racontait mon amie du lac.
– Comment ça ?
– Bien… je me suis mariée trois fois, sans oublier que deux hommes ont beaucoup compté dans ma vie, dont le père de ma fille, avec lesquels je n’ai pas été mariée… Je ne peux quand même pas les rencontrer tous ? Certains pourraient d’ailleurs ne pas être contents de me voir, quand d’autres pourraient l’être, mais pas moi forcément. Ça ne se peut pas que ce soit compliqué dans le ciel et qu’il y ait des tensions ? Ça ne se peut pas qu’on doive continuer, dans la vie céleste, à payer pour ses erreurs ? D’autant que les erreurs, bien souvent, sont imputables à notre environnement, aux facteurs qui ont influencé notre développement, dès la petite enfance…
– C’est sûr que ça se passe bien dans le ciel, m’a rassurée mon amie. Il n’y a que de l’amour, tu ne rencontreras que les êtres qui t’ont aimée et que tu as aimés…
– J’aimais tellement mal quand j’étais jeune… et j’ai été tellement débordée, dépassée, épuisée à l’âge adulte… et maintenant que je suis vieille, j’aime comme une mémé, une mamie, je n’ai rien de sexy
– Je pense que tu ne comprends pas, m’a interrompue mon amie.
 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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