Jour 351

robeMcKinley

Ma robe. En solde au magasin Atmosphère à Joliette.

Dans mon rêve, des mots vulgaires sortaient de la bouche de mon père. Il me disait que ma robe m’allait bien et qu’elle me faisait ressembler à « une chatte qui coule ». C’est du jamais entendu, des mots vulgaires dans la bouche de mon père.
Il y a au CHSLD un patient rigolo qui semble beaucoup aimer les femmes. Il se tient aux premières loges, c’est-à-dire qu’il est toujours le premier de la rangée de patients, assis le long du mur du corridor dans leur fauteuil roulant, probablement parce qu’il est celui qui demande le plus de surveillance. Il remarque toutes les femmes et il commente ce qu’il remarque.
– Toi, a-t-il dit à une bénévole récemment, tu t’habilles mieux que ta sœur –qui est également bénévole–, les deux femmes se présentant régulièrement sur l’étage pour aider les préposés à nourrir les patients.
– J’aime ta couleur de rouge à lèvres, a-t-il dit à une autre.
– Ce n’est pas rouge, pourtant, mais rose, avait répondu la femme pour le taquiner.
– J’aime ton rouge rose, mon cœur, avait-il répondu du tac au tac.
On entend ce qu’il dit parce qu’il parle fort. Je dirais que de tous les patients du cinquième, il est celui qui a le plus de vitalité.
– Toi, m’a-t-il dit hier, tu portes une robe sexy.
– Vous trouvez ?, ai-je répondu, tout en sachant que ma robe est un peu sexy à la poitrine, ou du moins plus ajustée que la majorité de mes tenues.
– Et je suis certain que tu l’étrennes !, a-t-il ajouté.
– C’est exact !, ai-je répliqué, quand même un peu surprise qu’il vise si juste.
J’ai acheté la robe la semaine dernière. Je suis sortie du magasin la robe dans mon sac, en me demandant pourquoi je l’avais achetée puisqu’elle ne me semblait pas intéressante. Bien entendu elle était en solde. Or, une fois rendue à la maison, je l’ai essayée et beaucoup aimée. C’est une McKinley. Je vais la porter ce midi pour recevoir nos invités, et peut-être aussi ce soir car nous aurons encore ce soir d’autres invités.
Toujours est-il que dans ma robe sexy, qui fut au centre de mon rêve de la nuit dernière, j’ai nourri papa. Il a tout mangé, avec appétit. Il était plus présent que d’habitude, et m’a dit ceci entre deux bouchées :
– Je pense que je suis peut-être à la fin.
– Trouves-tu les journées longues ?, ai-je voulu vérifier.
– Pas du tout.
– As-tu des douleurs quelque part ?
– Non.
– Pourquoi penses-tu à la fin ?
– Parce que tu es obligée de venir me nourrir, que je ne suis pas capable d’aller à la toilette seul, autant de petits détails qui s’ajoutent les uns aux autres. Au bout d’un moment, ça fait beaucoup de mini raisons de penser que ce pourrait être la fin.
Wow ! Je ne sais plus à quel moment remonte la fois qu’il a énoncé une phrase complète qui se tient sémantiquement…
Je l’ai pris en photo, son regard soutenant mon regard, alors que, là aussi, ça fait des mois qu’il regarde fixement devant lui. Il a bu lui-même son lait, en tenant son verre de ses deux mains. De ça aussi j’ai une photo.
Je suis désolée pour Bibi, c’est elle normalement qui nourrit papa le mardi. Or nous avons changé de journée elle et moi, et je suis la chanceuse qui ai eu droit à ces beaux cadeaux de mon papa bien-aimé.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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