Jour 414

Je suis en train de lire les textes de ma deuxième année d’écriture. Je les ai fait imprimer, j’obtiens quelque 260 pages. Je les lis le soir au lit, au côté de mon mari qui dort. Je persiste, taisant l’envie d’abandonner, quand se manifestent les tournures trop clichés, les phrases mal construites, la structure relâchée, le manque de jugement et de justesse qui me fait verser dans l’esprit de bottine. À plusieurs endroits, ça sent le Je suis allée trop vite, mais à d’autres endroits je tombe sur de belles surprises. Ma ligne de conduite consiste à m’appuyer sur ces surprises et à m’apitoyer le moins possible sur mes faiblesses. Je relis sans prendre de notes, en tentant de cerner, en gros, de quelle manière tel passage, et tel autre, pourraient être récupérés. Je pense qu’à plusieurs endroits, le texte sera amélioré moyennant une ponctuation plus rigoureuse qui respire davantage, et le retrait de quelques mots maladroits. Ce n’est pas la mer à boire. À d’autres endroits cependant, je dois reconnaître que je ne vois pas moi-même où est-ce que je voulais en venir. Je vais peut-être me résoudre à ne pas conserver ces textes, ou je vais tenter un sauvetage qui pourrait me demander du temps.
Je suis d’accord avec tantine qui me disait à l’époque –les textes ont été écrits en 2012-2013–, que ses meilleurs moments de lecture avaient lieu lorsque je racontais des épisodes de ma vie, et non lorsque je tentais de créer de la fiction à travers des personnages.
J’ai été confrontée hier, à cet égard, aux premiers textes dans lesquels évolue Yasmine. Avec elle j’ai exploré à froid, sans préparation, j’ai inventé au fur et à mesure que les mots noircissaient mes lignes, sans évidemment savoir où je m’en allais. J’improvisais sous tous les aspects : le décor, la motivation du personnage, son aspect physique, les actions, les paroles transmises sous forme de dialogues…
Je constatais bien sûr, dans la période qui m’a vue écrire ces textes, que je n’allais nulle part, que je m’emmêlais, que je tournais en rond, comme on dit, mais j’essayais de me donner une chance. Peut-être, me disais-je, que Yasmine saura mieux demain où la mènent ses pas. J’espérais tomber sur un filon et je me permettais à cette fin un autre texte le lendemain, puis un autre le surlendemain, donnant en outre naissance, ici et là, à d’autres personnages, pour ne rien arranger, dont le compagnon de Yasmine, qui s’appelle Yuri.
En prime, je me suis laissé aller à jouer sur les niveaux de narration, faisant interagir le personnage de Yasmine avec mon « je » de narratrice. Il y a à cet égard de petites trouvailles amusantes, comme ce passage où Yasmine me dit, à moi l’auteure, qu’elle a hâte de savoir quels sont les vêtements qu’elle porte sous sa cape de queues de renard, ou plus exactement quels sont les vêtements que je lui aurai fait porter, en fin de compte. Mais ces jeux de structures qui se chevauchent mènent à un embrouillamini majeur qui me fait perdre mes lecteurs, après qu’ils se soient très vite perdus eux-mêmes en essayant de me suivre.
Je me souhaite donc, ce soir, ne pas avoir à lire un trop grand nombre de ces pages à la destination indéfinie, mais je crains, malheureusement, qu’il y en ait beaucoup.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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