Jour 417

CuivreOr

Un mélange de cuivre et d’or.

J’essaie de comprendre comment ça se fait. Comment ça se fait que je n’ai jamais cessé de rêver à mon premier amoureux du temps de mon adolescence, il y a maintenant plus de quarante ans. Il n’y a pas de mots pour exprimer à quel point les sentiments qui nous unissent en rêve sont exquis, à quel point nous sommes habités par une puissance plus grande que nous, à quel point nous flottons dans un bonheur total dont la beauté sublime encore une fois nous dépasse. Nous sommes, comme le veut l’expression, au paradis. Je n’exagère pas.
J’ai suffisamment confiance en moi, dans cet univers onirique, pour avoir l’assurance que je ne ferai pas de mal à cet homme, le seul et unique, de ma vie. Cela équilibre les rôles, d’une part parce que je lui ai fait beaucoup de mal dans ma vie passée, et d’autre part, et c’est bien cela qui est le plus terrible, parce qu’il ne m’en a jamais fait.
La nuit dernière nous étions tous les deux vêtus de la même manière, collants et justaucorps noirs comme si nous étions des danseurs de ballet. La couleur prédominante de notre environnement était un mélange de cuivre et d’or délicatement scintillants qui irradiaient une lumière riche et mouvante. Est-ce que le noir signifie ici que le sentiment qui nous unissait est celui qui nous habite quand on passe de la vie terrestre à celle disons céleste –quoique la mort soit plutôt représentée par le blanc ? Est-ce qu’il faut être mort pour connaître une telle joie, une telle paix, un tel bien-être ? Et la vibrance des couleurs était-elle représentative de l’énergie pure qui faisait battre nos cœurs à l’unisson ? Est-ce qu’un tel état de plénitude se mérite ? Faut-il traverser le parcours de notre vie sur terre en s’améliorant constamment pour espérer avoir accès à cet univers parfait ? Faut-il désirer à chaque seconde être bon, aimant, bienveillant pour l’autre pour pouvoir se qualifier ?
La position la plus confortable pour la réunion de nos corps se déclinait à l’horizontale, dans un lit, pour nous enlacer. Nous nous regardions et nous caressions tendrement, dans la découverte toujours renouvelée, changeante, chatoyante, de la présence de l’autre. Brusquement, m’extrayant de cette fusion merveilleuse, je péchais, je doutais, je prenais conscience que je n’étais pas belle, ou que je ne l’étais pas tout le temps, alors je me levais non sans une grande douleur. Il venait me rejoindre et me demandait pourquoi je m’éloignais. Je lui répondais que je craignais de le déranger. Il devait en effet produire des notes, des rapports, des documents pour ses étudiants –il était (est) professeur ou chercheur. Je ne voulais pas l’empêcher de se consacrer à ses obligations. Je considérais, en fin de compte, que je venais après les obligations. Il me répondait au contraire que je ne le dérangeais pas et me demandait de revenir m’étendre auprès de lui. J’étais prête à ne plus jamais parler, de peur de le blesser ou de n’être pas à la hauteur de sa beauté intérieure. Puis, me ravisant, je prenais conscience que l’amour entre deux êtres a besoin d’être alimenté, et que l’alimentation requise appelle l’usage des mots, incontournables tôt ou tard. Ces doutes qui m’effleuraient et m’empêchaient de m’abandonner heureusement ne duraient qu’un bref instant. Forte de l’assurance qu’il voulait de moi, je retournais le cajoler, le nourrir et me nourrir par le rapprochement de nos personnes, de nos corps, de nos esprits, de nos cœurs.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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