Jour 420

On dirait que depuis un certain temps je pressens l’arrivée de ma mort, dans mes rêves. Je me retrouve en présence de telle et telle personne, certaines proches et d’autres pas du tout, qui ont néanmoins traversé ma vie à un moment ou à un autre. Je profite de l’occasion ultime d’être en leur présence pour m’excuser d’avoir mal agi à leur égard, d’avoir été vilaine, d’avoir eu un comportement inapproprié, d’avoir manqué d’honnêteté, de franchise, d’avoir laissé l’orgueil l’emporter sur l’amitié, etc.
Encore ici, pour ceux qui auraient lu mon texte sur la fabrication de mon mobile aux cent rubans, je leur demande pardon sans me préoccuper tant que ça de recevoir leur pardon. Je désire surtout me débarrasser de cette pénible tâche qui me fait revivre les péchés de mon passé. Il y a disons cent personnes sur ma liste, et mon but n’est pas tant de parler avec mon cœur à chacune d’elles, que de rayer leur nom au fur et à mesure. Je suis une femme robot.
Paradoxalement, cette femme robot tient un poupon dans ses bras, c’était ce matin dans la dernière heure de mon sommeil. Elle est tellement émue qu’elle commence à pleurer. Elle ressent que si elle ne se retient pas, elle va pleurer énormément. Pour éviter le mal de tête lancinant qui se manifeste à chaque fois que je pleure, je refrène cet émoi et je redeviens robot métallique. Une petite voix dans ma carcasse d’acier me donne raison en me disant que « ce n’était pas nécessaire », cette douloureuse pâmoison larmoyante.
Le poupon du rêve n’était pas ma fille, mais notre petite-fille, à Denauzier et moi. Une chouchounette qui bien entendu nous rend gagas, mais que je n’ai pas portée dans mon ventre, dont je n’ai pas senti les premiers mouvements dans mon placenta, et dont j’ignore tout, ou presque, car, malheureusement, nous nous voyons trop peu. Puisque j’ai lutté contre mes émotions, tenant le bébé dans mes bras, est-ce à dire que je me permets d’aimer exclusivement ma fille, et personne d’autre qui ne m’ait fait vivre pareille proximité ?
Je me pose aussi des questions par rapport à la formulation « ce n’est pas nécessaire », pour ceux qui auraient lu également le texte portant sur Bibi. Si j’emprunte ici les mots de ma sœur, est-ce que ça signifie que je m’identifie à elle autant qu’autrefois, alors que, petite, je n’avais qu’elle comme modèle et comme repère ?
Paradoxalement (bis) à l’annonce de ma mort, selon mon interprétation d’amateure, je rêve aussi que j’ai ENFIN trouvé ma voie, que je sais ENFIN ce que je désire étudier, que je sais ENFIN comment se construira ma vie. C’est un rêve récurrent, dans lequel je me demande comment se décline ma vie, est-ce que je suis sur le marché du travail, ou encore aux études, ai-je un compagnon ou pas, ai-je été mère –dans la trentaine– ou suis-je dans les débuts de ma vie qui vont me faire emprunter une voie, bonne ou pas bonne, pourvu qu’il y en ait une ? Habituellement, ce rêve se termine sans me fournir de réponse. Je demeure dans l’inconnu, dans l’incertitude, dans la semoule jusqu’aux chevilles. Cette fois, ça y est, j’ai trouvé, je vais faire une formation technique de trois ans au Cégep. Ce n’est pas la fin du monde, seulement trois ans, et en sortant de cette formation je pourrai gagner ma vie, un emploi m’attendra puisque je désire suivre ma formation dans un domaine où le manque de ressources est criant. Une fois de plus, je perçois de la robotisation : qu’il s’agisse de n’importe quel domaine de formation, on s’en fout, en autant que je puisse nommer ce que j’étudie, et que je puisse annoncer quel sera mon emploi. Que j’aie écrit ici « on » s’en fout me semble révélateur, cela éloigne encore plus le « je » qui devrait pourtant se sentir concerné et avoir un minimum d’affinités avec ce projet de vie… De la même manière, dans cette décision d’entamer une formation technique, une petite voix –que j’essaie de taire– s’inquiète de ma capacité physique à concrétiser ce projet, après tout je n’ai plus vingt ans, j’ai reçu une chirurgie cardiaque, il m’arrive de me sentir fatiguée pour pas grand-chose, comme hier j’étais fatiguée après ma journée tantine…
Que de questionnements tortillés à la veille de ce congé de Pâques !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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