Jour 424

Tantine

Tantine, une jeunesse à 82 ans.

YES ! Mon projet de série thématique familiale fait du chemin. Après avoir publié une photo de papa quand il avait vingt ans, une photo de Lynda au chapeau grec, une photo de Bibi –ma presque jumelle si je me fie aux commentaires que j’ai reçus–, voilà que tantine accepte d’apparaître en photo-vedette sur mon blogue. Et je pense que mon frère les Pattes fermerait les yeux si je décidais de l’inclure dans la ronde.
J’ai pris la photo de tantine au Métro d’alimentation, vendredi dernier. Après tout, c’est un lieu qui nous aura vu régulièrement fouiner dans les allées.
– Tantine, ne bouge pas, je vais te prendre en photo.
– Pardon ?, a-t-elle demandé en bougeant pour tester la fermeté des tomates.
– Ne bouge pas, je vais te prendre en photo, ai-je répété un peu plus fort.
– Pourquoi ?
– Pour le plaisir.
– Ici ?
– Oui.
– Ç’aurait été mieux au restaurant, tout à l’heure ?
– Peut-être, mais je n’y ai pas pensé, et c’est quand même ici que se déroule l’essentiel de nos activités.
– Qui va voir la photo ?
– Tout le monde, la planète entière.
– Mais tu vas la mettre sur ton blogue, le blogue c’est chez toi ?
– Oui, le blogue c’est l’endroit où je publie mes textes.
– D’accord.
– En plus, avec ton manteau de mi-saison, ai-je mentionné, ça va être plus joli qu’avec ton gros manteau d’hiver gris.
– Si tu le dis.
Tantine n’en est pas revenue à quel point la photo d’elle est réussie. Elle s’est exclamée plusieurs fois qu’elle se trouvait à son meilleur. Il ne faut pas en déduire qu’elle est orgueilleuse, car elle ne l’est absolument pas.
Tout est facile avec elle. Tout est beau. Je serais laideron qu’elle me verrait joyau. Nos sorties du jeudi sont l’occasion d’essais vestimentaires, en ce qui me concerne. Je me mets sur mon trente-six pour embellir notre journée. Et avant même que j’aie refermé la porte derrière moi, une fois arrivée chez elle, elle entame ses compliments : mes cheveux n’ont jamais été si bien placés, la couleur de mon rouge à lèvres me va parfaitement, mes vêtements sont bien agencés. Puis, ayant fait remonter quelques fois son regard sur moi de haut en bas, elle apporte quelques précisions :
– Quand même, c’est étrange que les manches de ton manteau soient si courtes, on voit les manches de la veste que tu portes en-dessous, et les gants turquoise c’est peut-être un peu trop ?
Je la laisse profiter de tout ce qui nous passe sous les yeux, à l’épicerie, sans chercher à accélérer le rythme. Aller seule acheter les produits dont elle a besoin me prendrait quatre minutes, mais nous pouvons facilement y rester trois-quarts d’heure.
– Regarde les chocolats de Pâques, les oreilles du lapin, le museau du chien !
Elle s’esclaffe comme une petite fille.
Elle prend une boîte de feuilletés aux pommes, Préparés ici-même est-il écrit sur la boîte. Une hésitation presque souffrante se lit sur son visage. La boîte vacille parce que ses mains tremblent.
– J’en ai tellement envie, déplore-t-elle, mais j’en aurai bien trop !
– Achète-les, tantine, voyons donc, on est ici pour profiter de la vie !

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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